Messmer. Le nom me dit quelque chose... Dans Cosi fan tutte, ma préférence chez les opéras de Mozart, la servante Despina déguisée en médecin «ranime» au moyen de la «pietra mesmerica», ou «pierre de Mesmer» (ici, un seul s), les deux prétendants qui, rejetés par leurs belles, ont feint de s'empoisonner.

Publié le 21 sept. 2014
Claude Gingras LA PRESSE

Le Mesmer de l'époque de Mozart était un médecin allemand. Franz Anton de son prénom, né en 1734 et mort en 1815, il inventa une sorte d'aimant miraculeux pouvant guérir toutes sortes de maux. Si on ne connaît pas Mozart, on n'a qu'à se référer au mot anglais «mesmerized», qui se traduit par «stupéfait» et, surtout, traduit l'état dans lequel nous plonge le populaire hypnotiseur qui a adopté le nom du devancier en l'assortissant d'un s additionnel (comme «touche personnelle», lit-on sur internet) et qui glisse son portrait parmi les multiples projections qui agrémentent le spectacle.

Grand et robuste, le Québécois anime la soirée de plus de deux heures avec une précision de tous les instants et, surtout, un humour et un charme qui rejoignent chacun des 800 spectateurs qui remplissaient la salle André-Mathieu, de Laval, samedi dernier. Lorsqu'il descend dans la foule, on éprouve même une petite crainte à l'idée d'être sa «victime». Mon voisin, qui souhaitait jouer les volontaires, changea d'idée à l'entracte.

Au milieu de musique enregistrée et très amplifiée, de bruits violents, d'aveuglants effets lumineux, de fumée et de projections qui magnifient tout ce qui se passe sur scène, celui qui se présente comme «fascinateur» répète son rituel depuis des années. «Les deux pieds bien au sol, les deux mains sur les genoux, la tête bien droite...» À ce jour, l'homme a hypnotisé plus de 75 000 personnes, dit-il.

La scène est remplie de «sujets»: tantôt une quinzaine, tantôt une vingtaine. En 15 secondes, les voilà tous endormis, couchés par terre. «Vous êtes dans votre lit», commande la voix. Et chacun de prendre sa position habituelle de sommeil. Soudain, les voilà tous réveillés, pour se faire dire qu'ils ont 5 ans - ce qui est d'ailleurs écrit en gros caractères sur un tableau. Une femme de 30 ans se met à chanter Au clair de la lune avec une toute petite voix d'enfant. Un homme de 40 ans se plaint qu'on vient de lui voler sa poupée et se voit offrir en échange un petit camion jaune avec lequel il se met à jouer, à quatre pattes.

Les solistes

Car Messmer chef d'orchestre a aussi ses solistes.

Voici cette femme qui croit avoir perdu une jambe dans un accident d'avion et qui, greffée d'une nouvelle jambe, claudique en se lamentant parce que son membre artificiel est plus court. Et cette autre qui a une peur bleue des rats mais n'hésite pas à en flatter un, en roucoulant «C'est doux...».

Voici encore ces deux hommes, du genre bon père de famille, que Messmer fait danser ensemble, enlacés, comme seuls au monde. Au surplus, l'un d'eux sera bientôt «enceinte» et «accouchera» à l'avant-scène, face à la foule en délire. C'est le moment de se demander où Messmer s'arrêtera. J'ai aperçu une future maman parmi les 800 spectateurs. On peut supposer qu'elle fut blessée.

Bien sûr, il ne faut pas gâter le plaisir de cette foule houleuse et heureuse où planent néanmoins quelques doutes. Y aurait-il connivence? Est-ce «arrangé» ? Certainement pas! Avec 15 ou 20 témoins en même temps, cela se saurait. Il reste que le spectacle est un peu long et alourdi d'un certain remplissage entre les moments forts... au point que, passé 22h, j'ai commencé à sentir le sommeil me gagner, et sans avoir été hypnotisé!

À la salle André-Mathieu de Laval, les 24 et 25 septembre, 20h.