Depuis sa création à Montréal en avril 2010, Totem a fait du chemin : Canada, États-Unis, Europe... Plus de 960 000 spectateurs ont vu le 28e opus du Cirque du Soleil mis en scène par Robert Lepage. Fait inhabituel, les 52 artistes de Totem sont de retour à Montréal pour une nouvelle série de représentations avant de reprendre leur tournée. Juste à temps pour le festival Montréal complètement cirque.

Jean Siag LA PRESSE

Ceux qui ont raté le spectacle du Cirque du Soleil l'an dernier pourront le voir dès demain soir sous le familier chapiteau jaune et bleu, planté dans le Vieux-Port de Montréal. Avec un avantage notoire: ils pourront assister à un spectacle extrêmement bien rodé présenté à 415 reprises jusqu'à maintenant.

On s'en souvient, après plus de deux mois de représentations, la troupe avait entamé sa tournée le jour où décollait le premier festival Montréal complètement cirque, début juillet. Cette fois, le Cirque sera là pendant presque toute la durée du deuxième festival, avant de poursuivre sa tournée à Toronto, puis à San Francisco. Le groupe apparemment bien soudé, qui compte des artistes de 19 nationalités, a grossi ses rangs d'au moins quatre poupons, tous nés sur la route au cours de la dernière année. Des enfants du cirque!

Interrogé par La Presse en avril, Robert Lepage avait cette jolie formule pour expliquer le retour de Totem à Montréal dans une version «bonifiée» et «aboutie»: «À la création, le show est toujours un peu à moitié cuit. Puis, la troupe part en tournée, et les artisans donnent environ 10 représentations par semaine. Quand ils reviennent, ils ont quelques centaines de shows dans le corps; il y a forcément beaucoup de choses qui ont été améliorées. Finalement, on se rend compte que le show a cuit.»

L'évolution d'un spectacle

L'imposante production menée par Robert Lepage et son entourage - y compris le scénographe Carl Fillion et la conceptrice de costumes australienne Kym Barrett (The Matrix, Spider-Man, Romeo et Juliette) -, reprend l'essentiel des 12 numéros d'origine, avec quelques changements inévitables après autant de kilomètres parcourus.

«On a revu des numéros, des transitions, refait des chorégraphies et ajouté des segments, résume Melanie Lalande, directrice artistique de Totem, qui a suivi toute la tournée du Cirque. Nous avons notamment fait réapparaître l'homme de cristal (recouvert de 4001 pièces de verre), qui ouvre le spectacle dans une métaphore du big bang. On ne le revoyait plus après la scène initiale, ce qui nous embêtait assez, dit cette Américaine de l'État de la Virginie, qui a également dirigé Kooza. On voulait boucler la boucle avec lui.»

Totem, une exploration de l'évolution de l'espèce humaine, puise dans la diversité des origines de ses artisans (majoritairement russes et chinois). Du têtard à l'homme en complet-cravate, la marche de l'évolution fait ainsi défiler grenouilles, singes, gorilles et hommes de Néandertal.

Pour accueillir toute cette faune animale, Robert Lepage a imaginé une immense tortue, symbole de l'origine du monde dans la culture amérindienne. Après le premier numéro de barres fixes, la carapace de la tortue se soulève, découvrant son ventre, d'où se succéderont les numéros. Un pont amovible fait également partie des éléments clés de ce décor représentant la nature sauvage, dans une forêt de bambous, entourée de marais et de plans d'eau créés grâce à la magie des projections.

Célébration de l'amour

Parmi les faits saillants: un numéro de danse avec des cerceaux livré par le jeune autochtone Nakotah Larance, qui fera équipe avec sa soeur dès le passage de Totem à Toronto; un numéro d'anneaux aérien à trois; les monocycles de huit pieds de hauteur avec cinq nouvelles interprètes chinoises; le duo de trapèze des Québécois Rosalie Ducharme et Louis-David Simoneau; des numéros de clowns; le duo des jumelles russes qui jonglent avec leurs mains et leurs pieds; un rare numéro de perches russes réalisé par sept ex-acrobates du Cirque de Moscou; un numéro de manipulation fait par le personnage du toréador; un main à main et un numéro de patins à roulettes.

Ce dernier numéro est l'un des plus marquants de Totem. L'Italien Massimiliano Medini et l'Espagnole Denise Garcià - deux enfants du cirque qui forment un couple dans la vie - le font depuis une dizaine d'années. Massi Medini, lui, danse avec les mêmes patins depuis 25 ans! Leur numéro est une célébration de l'amour, qui unit un homme et une femme issus de deux tribus différentes. Une formidable métaphore de Totem, mais surtout de ce cirque pluriculturel qui poursuit son aventure en famille.

Sous chapiteau jusqu'au 17 juillet dans le Vieux-Port de Montréal. Montréal complètement cirque se déroule du 7 au 24 juillet.