Avec sa série policière et littéraire à épisodes, Les incroyables aventures de Thierry Ricourt, Marie-Lise Chouinard a apporté une bouffée de classicisme et d'originalité à la scène humoristique montréalaise. Adoratrice de l'alexandrin et du bien parlé, elle est promise à une longue carrière en humour, dans le monde de la comédie.

Éric Clement LA PRESSE

À l'âge de 8 ans, Marie-Lise Chouinard reçoit de sa soeur un livre, Cyrano de Bergerac, du dramaturge français Edmond Rostand.

«Je me souviens, je cherchais les mots dans le dictionnaire, dit-elle. Ça m'a pris tout l'été pour lire la pièce. Je trouvais les phrases et les rimes belles et poétiques. Puis j'ai vu le film. Ma vie a changé: mes amies voulaient des poupées et des robes; moi, je voulais être Gérard Depardieu. Je suis allée voir des pièces et, à 9 ans, j'ai annoncé à ma famille que je voulais faire du théâtre.»

Étudiante en théâtre au collège Lionel-Groulx, elle voit sa carrière démarrer le jour où, avec ses amis du groupe V'lours et ses rubis, elle participe à Cégeps en spectacle. «C'était une idée de fou, mais ça a marché. On a gagné!»

Elle écrit ensuite Les incroyables aventures de Thierry Ricourt, histoire désopilante présentée en épisodes de 30 minutes, comme une série télé. La série relate les faits et gestes d'un dénommé Thierry Ricourt, agent spécial d'Interpol. Présentée au bar L'escalier, près de l'UQAM, la série faite de chansons et de tirades théâtrales ne met pas de temps à attirer un public d'aficionados en quête de spectacles sans prétention.

«On a travaillé dur sur ce show, dit l'artiste de 24 ans. J'ai créé les costumes ou je les ai achetés au Village des valeurs et on a peint les décors à la main.»

Édouard Baer dans l'assistance

Si certains ont noté des imperfections dans la mise en scène burlesque, d'autres ont vite compris qu'il y avait derrière ces quelques défauts inhérents au manque d'expérience (et d'argent) une graine de génie indéniable. Et beaucoup d'imagination. «Le matin, dès que mes yeux s'ouvrent, il faut que je trouve quelque chose de drôle. J'ai l'amour du rire», confie-t-elle.

Martin Durocher, responsable de la programmation du festival Zoofest, est tombé sous le charme de la série. Celui qui a décrit ces aventures rocambolesques comme un «mélange de James Bond, d'Inspecteur Gadget et de batailles à la Bruce Willis» a invité Marie-Lise et ses joyeux lurons à présenter la pièce l'été dernier au café Cléopâtre pendant le Festival juste pour rire.

Elle y a d'ailleurs connu un grand bonheur quand le comédien Édouard Baer («mon acteur préféré») est venu voir son spectacle. «C'est un bon souvenir, mais, en même temps, j'étais stressée, je me suis défait les ligaments du genou ce jour-là et le spectacle n'allait pas comme je le voulais! Mais sa présence m'a confirmé que le théâtre est une grande famille.»

Ministre aux Parlementeries

Aujourd'hui, Marie-Lise Chouinard ne vit plus que pour l'amour de la langue et celui de la scène. Cet automne, les soeurs Luce et Lucie Rozon l'ont même fait participer comme auteure et actrice aux Parlementeries 2010, aux côtés des Luc Picard, Diane Lavallée, Marcel Leboeuf, Laurent Paquin, Martin Drainville, etc. L'affriolante ministre de l'Éducation qu'elle interprétait a offert toute une performance, s'exprimant en alexandrins, comme à la Comédie-Française. Un moment fort remarqué qui ne donnait toutefois qu'un petit aperçu de ses capacités.

Car Marie-Lise Chouinard a, en plus, un physique à croquer. Des yeux pétillants d'intelligence. Des cheveux de lionne. Une classe et une présence qui rappellent l'actrice Fanny Ardant. Une allure un peu Renaissance et le verbe des encyclopédistes. Marie-Lise Chouinard, êtes-vous d'un autre siècle? «Ben oui, au boutte!» répond-elle spontanément. Satisfaite de cette année 2010? «Énormément! J'ai tellement vécu de choses. C'est comme si j'avais vieilli de 10 ans.»

Elle ajoute se sentir plus proche du théâtre que de l'humour, sans fermer aucune porte. «En grandissant, j'ai compris la différence entre l'humour et la comédie. Mais c'est le temps de péter les conventions, non? Mon objectif serait de faire une pièce avec plusieurs langues: chaque personnage parlerait sa langue pour que des gens de Matane, de Paris et du Maroc rient de la même blague.»

Marie-Lise écrit de nouveaux épisodes de Thierry Ricourt. Elle veut l'amener vers la politique. Elle recherche un producteur intéressé par la cure de jouvence qu'elle apporte à la langue française au Québec. Car elle veut voir son agent spécial passer à la télévision d'ici.

«Thierry Ricourt n'a pas encore trouvé de maison et il serait chez lui à l'écran, dit-elle. Et puis, on aimerait tellement que le spectateur voie un vrai chandelier sur la scène!»

Sinon, avec son style croisant Molière et Jean Dujardin, elle pourrait fort bien se rendre aux racines de son inspiration: en France. «Pour moi, la France, c'est le pays imaginaire, comme le pays des Schtroumpfs quand on est petit. Cela dit, je veux faire rire partout. Je tiens à faire des comédies internationales, avec un accent anglais, arabe, français ou québécois. Peu importe que je sois née dans les conifères ou dans les chênes! Le spectacle, c'est rire et être flamboyant. Ensuite, c'est le public qui rit ou pas...»