Jean-Michel Anctil souhaitait vraiment se présenter tel quel, comme l'indiquait le titre de son nouveau spectacle.

Mis à jour le 20 févr. 2010
Paul Journet LA PRESSE

En 2003, il avait annoncé son retrait de la scène. Près de huit ans plus tard, il y retourne sur la plus grosse de toutes, le Centre Bell (format théâtre). La production est considérable: six musiciens et un décor géant en forme de maison remplie de boîtes et de souvenirs.

Ces moyens nous rappellent sa grande popularité - il détient le record de billets vendus pour un spectacle, avec 500 000. Avec Tel quel, Anctil reprend là où il avait laissé. Il converse avec ses fans pour justifier son départ (il était brûlé et s'aliénait sa famille) puis son retour (il voulait retrouver sa vocation). Le ton est presque celui de la confidence. Il raconte ses dernières années via plusieurs tranches de vie: son rôle dans De père en flic, son incapacité à bricoler, son voyage en Winnebago à Charlevoix, ses mésaventures en camping, son premier massage et son côté hypocondriaque.

Toutes ces histoires servent de prétexte pour parler de sa quête, le véritable fil conducteur de la soirée. Car selon Anctil, pour chaque personne, il existe une chose telle que sa place dans la vie. Le but serait de la trouver. L'idée est fédératrice et réconfortante, mais un peu simplette.

Des numéros sont bien écrits, comme celui où il se rend dans un orphelinat en Chine. D'autres recèlent des idées convenues. L'homme est niais et il communique difficilement. Anctil s'amuse aussi à opposer les hommes et les femmes dans la foule. Il utilise également beaucoup l'humour dépréciatif, qui permet au public de s'identifier à lui.

Malgré ces réserves, son talent reste indéniable. Il se bidonne sur scène et improvise avec aisance, une de ses forces. Anctil joue beaucoup ses gags. L'interprétation est très appuyée, ce qui convient bien à cette grande salle. Il est aussi habile dans les imitations, comme celle comique de son vendeur de fusil à clou. Il réussira même à faire rire en personnifiant son sexe. C'est un de ses numéros les moins proprets. Et par conséquents, un de ses meilleurs.

Retours attendus

De vieux personnages sont ressuscités en deuxième partie: Préscilla, l'Infidèle et Rateau. Anctil exploite encore une fois son aptitude au jeu. Mais après toutes ces années à voir ces personnages, l'effet surprise disparaît. Et l'effet comique diminue. À sa décharge, le public ne s'en plaint pas. Au contraire, la foule jubile et rit beaucoup.

De notre côté, on a davantage apprécié le numéro où il incarne trois nouveaux personnages - trois clochards.

Dans l'ensemble, le vétéran a offert des retrouvailles sympathiques à ses nombreux fans. Mais après toute cette attente, on aurait aimé quelque chose d'un peu plus achevé et surprenant.

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Tel quel de Jean-Michel Anctil, en supplémentaire le 3 et 4 juin au Théâtre St-Denis et ailleurs en province.