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Psy des 7 doigts de la main : fous du cirque

Les déséquilibres en équilibre: voilà de quoi est fait Psy nouveau... (Photo: Ivanoh Demers, La Presse)

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Photo: Ivanoh Demers, La Presse

Marie-Christine Blais
La Presse

Les déséquilibres en équilibre: voilà de quoi est fait Psy nouveau spectacle des 7 doigts de la main, qui mêle troubles émotionnels et acrobaties sensationnelles. La quatrième production de la jeune troupe de cirque contemporain s'installe à la Tohu, dans la Cité des arts du cirque, avant de partir en tournée en Europe. Cette fois, ils seront 11 sur scène, avec un trapèze, une roue allemande, des quilles de jonglerie, des tas de projections et plein de psys... Étendez-vous sur le divan, le spectacle va commencer.

Les fondateurs des 7 doigts ont toujours aimé les défis, à commencer par celui qu'ils lancent à la gravité terrestre. Pour leur nouvelle production, Psy, ils ont également décidé de défier la gravité de ton: leur spectacle s'inspire en effet de la maladie mentale, sans la ridiculiser, la minimiser ou la dramatiser. On ajoute un défi supplémentaire? Ils montent ce spectacle avec 11 acrobates (alors qu'ils n'ont jamais été plus de sept dans leurs précédentes productions). Et un coup parti, allongeons encore la liste des défis: pour la première fois de leur jeune histoire, les 7 doigts vont réellement intégrer des projections vidéo à leur spectacle, projections qui permettent de camper des décors différents – une chambre, une ville, un bar, un bureau de thérapeute... ou le cerveau lui-même.

Comme nous ne sommes pas jongleurs de métier, nous allons prendre un défi à la fois, en commençant par celui du thème même de Psy, les troubles émotionnels, sujet délicat s'il en est. «En fait, notre idée de départ, c'était plutôt de faire un voyage dans la tête que de parler de maladie», explique la metteuse en scène, scénariste et chorégraphe Shana Caroll, l'un des sept doigts d'origine.

«Au début du processus, on voulait traiter de l'imaginaire, de la psyché, des fantasmes, renchérit Samuel Tétreault, lui aussi au nombre des sept cofondateurs. En discutant, on a bifurqué vers la pensée altérée par les drogues. À peu près à ce moment, il a fallu, pour des raisons de production, accoucher rapidement d'un titre, et on a opté pour Psy, comme dans psyché. C'est en jouant avec ce titre, en poussant l'idée plus loin qu'on a réalisé qu'on pouvait parler des troubles émotionnels et de ceux qui traitent ces troubles, les psys, les thérapeutes.»

Sujet à la fois lourd et délicat, il touche tout le monde: «On a tous des souvenirs et des rêves dans notre cerveau, explique Shana Caroll, mais on a aussi tous des phobies, des rituels, des dépendances. Ce sont même ces choses-là qui rendent souvent une personne charmante, unique!»

Les sept cofondateurs et directeurs artistiques ont donc travaillé d'arrache-pied pour faire tenir en équilibre maladies et thérapies, en s'appuyant pour cela sur l'humour (vous saviez, vous, que notre cerveau utilise l'équivalent de 12 watts de puissance électrique, soit moins que l'ampoule de votre réfrigérateur?) et sur le réalisme (30% de la population mondiale, soit un humain sur trois, souffrira à un moment de sa vie de troubles émotionnels).

Mardi passé, les médias ont pu juger - avec beaucoup de plaisir - du parfait mariage humour-réalisme en assistant à un extrait du spectacle: pendant un des numéros, les acrobates-patients se sont transformés peu à peu en thérapeutes, simplement en enfilant un t-shirt rouge, carnet de notes et stylo à la main. Après tout, on est tous un peu le psy de quelqu'un... Maintenant, imaginez ce que ça donne dans les scènes de thérapie de groupe!

Le cirque du cerveau

Depuis leurs débuts, c'est justement la force des 7 doigts: marier arts du cirque et véritable histoire, acrobaties et réflexion, virtuosité physique et humour fin. Toujours mardi, les médias ont assisté à un numéro de planche sautoir époustouflant: le «patient» se lançait haut dans les airs à l'aide de ses compagnons de scène-psys (qui tiennent le matelas de réception ou font basculer la planche en sautant dessus), tout en jouant un être qui manipule émotivement ses «thérapeutes» jusqu'à ce que ces derniers, à leur tour, transforment ce patient littéralement «flyé» en objet d'étude et l'emprisonnent sous leurs regards scrutateurs! Bon, ce n'est pas évident à suivre, mais je vous jure qu'on saisit tout cela pendant le spectacle.

C'est qu'ils ont travaillé fort sur le caractère théâtral et chorégraphique de leur nouvelle production, les 7 doigts (tous professeurs de cirque, ils ont choisi des acrobates qui les avaient impressionnés au cours des dernières années). Pendant des semaines et des semaines, ils ont multiplié les ateliers et les discussions avec les acrobates retenus pour que ceux-ci créent leur personnage d'agoraphobe, d'hypocondriaque, de compulsif-obsessif, etc. – sans pour autant sombrer dans la dépression! «Par exemple, tout le monde a joué la maladie de tout le monde, explique l'équilibriste Tom Orsini-Proneur, ce qui m'a permis, moi qui joue un compulsif, de voir différentes façons de le représenter, pour ensuite m'en inspirer.»

Chacun joue également des personnages secondaires pour se permettre de souffler un peu. Cela tombe bien, c'est justement un autre des défis de ce spectacle: le nombre d'acrobates sur scène. Ils sont 11, plus un décor en forme de maison à trois étages! Leur moyenne d'âge? 24 ans. Neuf d'entre eux viennent de l'École nationale de cirque à Montréal, deux viennent de France. Neuf d'entre eux n'ont jamais participé à un spectacle des 7 doigts, deux ont été de la distribution du spectacle Traces. Pourquoi 11? «Ce n'était pas pour avoir quelque chose de plus gros, mais plutôt quelque chose de différent, explique Shana Caroll. Nous voulions cette fois travailler avec des artistes qui maîtrisent une spécialité du cirque – par exemple, la jonglerie ou le mât chinois –, travailler plus en profondeur les personnages, ce qui est possible avec un plus grand nombre de personnes sur scène. Car on voulait aussi éviter de monter un spectacle aussi épuisant que nos précédentes productions: d'habitude, on est cinq ou six en scène, non stop, pendant 90 minutes où on joue le même personnage, inspiré de notre propre vie, en plus! Cette fois, en choisissant plus d'acrobates et en créant une histoire, ça devrait être moins épuisant...»

Quoique diriger 11 personnes, ce n'est pas de la tarte au sucre! «Surtout le bruit que cela crée pendant les répétitions, reconnaît Shana, avec les couteaux, les massues, les quilles...» Et la musique. Cette fois, pas de DJ qui assure la musique en direct, mais bien une trame sonore à la fois électronique et organique, où se mêlent une valse de Yann Tiersen, un air de jazz, un classique de Broadway...

«Rien ne vaut les arts du cirque pour parler de sujets comme ça, conclut Shana Caroll. Le cirque, c'est réussir l'exploit physique de défier une loi comme celle de la gravité. C'est la célébration de cet exploit, et la juxtaposition d'un sujet plus difficile avec cette célébration, c'est ce qui donne un spectacle riche et crédible. Dans Psy, la trapéziste tient le rôle de l'agoraphobe (peur panique des lieux publics et des grands espaces!). Alors, quand elle réussit enfin à surmonter sa peur et à se balancer dans le vide au-dessus du public, ça fait du bien à tout le monde. C'est simple, finalement: nous proposons le cirque comme thérapie!»

 

Psy, présenté à la Tohu par les 7 doigts de la main dans le cadre de Montréal en lumière. Première mondiale mardi. En tournée en Angleterre, en Belgique et en Suisse à compter du 28 avril.

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Photo: La Presse

Les 11 cerveaux de Psy

Dans Psy, les acrobates tiennent plus d'un rôle. Mais chacun incarne un trouble émotionnel précis – ce qui n'empêche pas la majorité d'entre eux de se transformer également en «psy», en thérapeute, au moment voulu. Petite nomenclature des «cerveaux» acrobates de Psy, où déséquilibre (mental) et équilibre (physique) font bon ménage:

Guillaume Biron

schizophrénie (trapèze fixe, équilibre, jonglerie de groupe)

Héloïse Bourgeois

trouble du sommeil (main à main, mât chinois)

Mohamed Bouseta 

maniaco-dépression (main à main, matelas de réception)

Danica Gagnon-Plamondon

agoraphobie (trapèze ballant, jonglerie de groupe)

Gisle Henriet

personnalités multiples (planche sautoir, équilibre, jonglerie de groupe)

Naël Jammal

hypocondrie (équilibriste principal, jonglerie de groupe)

Olga Kosova

explosif intermittent (manipulation et lancer de couteaux, corde lisse)

Florent Lestage

amnésie (jonglerie solo et groupe)

Tom Orsini-Proneur

troubles obsessionnels compulsifs (main à main, équilibre, jonglerie de groupe)

Julien Silliau

addiction (roue allemande, équilibre, jonglerie de groupe)

William Underwood

paranoïa (main à main, mât chinois, jonglerie de groupe, matelas de réception)




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