Les Chick'n Swell animeront demain leur premier gala, celui des Olivier. Le trio a interrompu ses répétitions la semaine dernière pour nous en parler. Tentative d'interview avec les hérauts de l'absurde.

Paul Journet LA PRESSE

Q: Le mandat d'animer le gala, ça vous occupe beaucoup?

Daniel Grenier: On l'a su en décembre. Depuis, notre cerveau fonctionne comme une turbine. Ça fait vrmmm, vrmmm. Pour Francis, c'est encore plus compliqué. Sa blonde a accouché avant-hier.

Q: Ça doit remettre le tout en perspective, non?

Francis Cloutier: J'essaie de garder les yeux ouverts pour la voir, la perspective... Le travail est particulièrement intense depuis février. Mais au moins, on est rassurés depuis qu'on a vu le montage du premier sketch.

(Daniel Grenier se met à dessiner au stylo sur la page couverture du volumineux script du gala. On le reluque.)

Q: Cours-tu vite?

DG: Non, mais j'ai un bon gun...

Q: Quelle est votre expérience d'animation de gala?

(Silence. Rires.)

Ghyslain Dufresne: J'ai déjà animé un gala de fin d'année à la polyvalente. Il y avait des sketchs et des remises de prix. Un peu comme le gala Les Olivier... Sauf que cette fois, je vais parler à quelque deux millions de personnes.

DG: Francis et moi, on animait des soirées d'humour à Victo. C'était en 2000, je pense. Regarde, on n'est vraiment pas des animateurs de gala. Alors on peut se permettre des erreurs. Ça explique peut-être pourquoi ils nous ont choisis. Ils voulaient rire un peu.

GS: Oui... Je me souviens du gala l'année dernière. En regardant Martin Petit animer, je me disais: "Mon dieu, je ne voudrais pas faire ça..."

Q: À quoi ça ressemble, un gala Chick'n Swell?

FC: La base ne changera pas il faut remettre des prix. Nous, on s'attaque à la forme même d'un gala. Qu'est-ce qui revient toujours? Des enveloppes, des trophées, des remerciements formatés, des seat fillers, des journalistes assis au fond, des hôtesses, etc. On décortique ces éléments pour s'en moquer. Par exemple, on voit toujours le même genre de filles comme hôtesses: grandes et sveltes. Peut être qu'on pourrait inviter au lieu une de nos amies de Victo. J'y pense... On aurait dû mettre Batman et Robin dans les seat fillers.

DG: Pour les remerciements, je voulais remettre un prix à un Chewbacca. Il se serait avancé au micro pour dire: "Awwwrrghhh". Je préparais ce gag-là depuis quelques années, mais les MTV Movie Awards ont eu le temps de le faire avant nous.

(Silence)

J'aimerais ça coucher avec Yoda.

(Silence encore plus long)

Ne vous inquiétez pas, les gars. Je ne dirai jamais cela en interview.

Q: Comment allez-vous contrôler la durée des remerciements?

FC: Il y aura un stress. La durée des remerciements sera liée à leur durée de vie. On les met en danger de mort. Vous verrez.

Q: Vous êtes reconnus pour le bric-à-brac de vos mises en scène. Quel genre d'accessoires utiliserez-vous?

DG: Mais ce sont des super punchs, man! Ce qu'on peut dire, par contre, c'est qu'on a dû couper des numéros.

Q: Lesquels?

DG: Charlie Chaplin! Une voix hors-champ dit: "Mesdames messieurs, nous avons fait des pieds et des mains pour l'avoir. Le voici: Charlie Chaplin". Un présentateur arrive sur scène avec son cercueil. Il s'enfarge et le cercueil s'ouvre. Le squelette tombe sur les gens dans la première rangée. Un type panique et donne un coup de pied. La moustache de Chaplin reste alors collée sur son soulier. Il l'agite et la moustache revole sur mon visage. Je crie "ah!" puis je remets le squelette et sa moustache dans le cercueil avant de m'écrier: "Fiou, ça n'a pas paru..."

Q: Des gens ont été choqués?

DG: Apparemment, ça profanait un cadavre, même si c'était un cadavre en plastique. Mais je suis certain que Charlie Chaplin l'aurait trouvée drôle. On dirait qu'en Amérique du Nord, on a peur de parler de la mort. Pas moi. J'adore l'humour noir et absurde. Ça me fait du bien.

Q: Vous moquerez-vous de l'actualité générale ou de l'actualité humoristique?

FC: Non. Le bitchage, ce n'est pas notre genre. Ni l'actualité. Ceux qui en veulent, ils n'ont qu'à regarder LCN. Ça n'arrête jamais. Ils peuvent parler pendant trois jours d'une pub de clown...

Q: Le gala Les Olivier est-il devenu trop compétitif?

FC: Il y a des ego, c'est certain. J'ai peur que le gala devienne trop sérieux. Ce devrait être un party éclaté qui sert avant tout à mettre notre humour en valeur. Pas les individus et leurs trophées. Cette année, on veut célébrer l'humour québécois et ses nouveaux visages.

GS :Quand on parle aux humoristes, ils comprennent que le gala devrait d'abord servir l'industrie. Mais des gens le verront toujours de façon plus individuelle, comme un moyen de faire avancer leur carrière.

(Depuis quelques minutes, Daniel Grenier fixe notre enregistreuse. On le lui fait remarquer.)

DG: C'est parce que j'essaie de toucher le coeur de la machine. Les Chick'n Swell feront cela dimanche, utiliser les kodaks pour toucher le coeur de la machine. La machine humaine, tu comprends?