«J'en suis à mon sixième opéra. Je n'ai rien présenté à Montréal et ça m'attriste», raconte au téléphone François Girard, joint à Paris. Le réalisateur de Silk et du Violon rouge est déçu de l'annulation du spectacle d'ouverture du 10e festival Montréal en lumière, Le vol de Lindbergh/Les sept péchés capitaux, qui devait être présenté le 18 février 2009. L'oeuvre de Kurt Weill et Bertolt Brecht avait été montée par Girard pour l'Opéra de Lyon.

Isabelle Massé LA PRESSE

Hier, Spectra a annoncé que des problèmes de financement de son festival hivernal avaient eu raison de l'opéra, qui aurait coûté 1 million à produire ici (soit 15 % du budget total du festival). «On n'a pas eu l'aide escomptée du programme PAC (Présentation Arts Canada) du gouvernement fédéral, explique Marie-Ève Boisvert, directrice principale aux relations de presse de Spectra. On avait demandé 500 000 $ et on a obtenu 120 000 $. C'est un refus inattendu, mais on comprend, à cause de la situation économique actuelle.»

 

Spectra prévoyait, depuis le début, financer Le vol de Lindbergh grâce aux ventes de billets et au financement public et privé, à parts égales. «Les ventes à la billetterie étaient normales, mais pas extraordinaires», note Marie-Ève Boisvert.

Le vol de Lindbergh, présenté plus d'une vingtaine de fois à Lyon, Édimbourg et Wellington, en Nouvelle-Zélande, met en scène 45 musiciens et 10 chanteurs-comédiens, dont Yves Jacques, Charles Workman et la soprano allemande Magdalena Anna Hofmann, ainsi que 16 danseurs sous la direction de Marie Chouinard.

«Le soir de la première, à Lyon, c'était délirant, explosif, fou, raconte Girard. J'en étais très fier. Ça me rendait malade qu'on ne présente pas ce spectacle à Montréal. En mars dernier, je suis donc allé le proposer à Alain Simard (président de Spectra), qui s'est montré intéressé. Je le remercie d'avoir tenté le coup. Il n'y a pas de froid entre nous.»

«Désengagement fédéral»

La nouvelle du retrait de son opéra n'est pas une surprise pour Girard. «Alain Simard m'avait mis au courant de ses inquiétudes depuis le début, dit le cinéaste. Il a été irréprochable.»

«Nous devons vivre avec une subvention fédérale qui ne s'est jamais matérialisée, ajoute Girard. C'est un peu dans l'air du temps. On a ici une nouvelle manifestation du désengagement fédéral dans la culture. L'opéra, à Montréal, souffre d'un manque d'intérêt gouvernemental.»

L'ouverture du 10e festival Montréal en lumière se fera donc différemment, avec un spectacle musical de moindre envergure dont le nom sera annoncé le jour du dévoilement de la programmation, le 26 novembre.