Après la quarantaine féminine (Quarantaine, 2004) et la quarantaine masculine (Quarantaine 4x4, 2008), l'éclectique Charmaine Leblanc termine sa trilogie avec Terminus. Elle fait bien plus que l'achever. Elle lui donne tout son sens. Avec Carol Prieur, Mathilde Monnard, Jane Mappin, Marc Béland, Marc Daigle et Benoît Lachambre, renversants d'authenticité puissante et contagieuse.

Publié le 18 nov. 2012
Aline Apostolska, collaboration spéciale LA PRESSE



D'emblée, le choix du lieu de présentation, inattendu, s'avère fort approprié: les ateliers Jean-Brillant, lieu industriel reconverti en loft de danse. On y descend comme dans l'antre d'Héphaïstos, on y est entouré de métal forgé, des poutres du plafond aux colonnes porteuses au centre desquelles est dressée la scène. Avec à l'arrière un promontoire sur lequel les interprètes se succèdent pour donner de la voix, lire, dire, chanter. C'est bien une des spécialités de Charmaine Leblanc que de savoir les pousser plus loin dans cette expression. Il y fait très chaud aussi, comme au centre de la Terre. Alors l'oeuvre au noir peut débuter.

Passer la quarantaine comme on passerait le cap Horn, et comment? Lors des deux volets précédents, ces mêmes interprètes, femmes puis hommes, tournaient autour de la question, chacun l'illustrant avec sa singularité. Dans Terminus, la question s'ouvre: passée la quarantaine, que faire du reste de sa vie? Et comment se connecter au monde?

Ken Roy, mort en janvier dernier, membre ô combien engagé dans le projet, aura, hélas! répondu à la question en quittant le visible au moment où il allait tourner la cinquantaine. Mais ses amis danseurs et artistes qui restent, que leur reste-t-il, justement, à faire, ou plutôt à être?

Tour à tour, en solo ou en duos, grâce à une fusion subtile de danse, de théâtralité, d'arts visuels, de vidéo (magnifique vidéo, originale, onirique et symbolique signée Marlene Millar) et de lumières (signées Lucie Bazzo), les sept complices abordent la question, esquissent des bribes d'autoportraits, nous interpellant au passage comme le feraient des miroirs grossissants.

Ils le font avec la justesse de leur maturité artistique, mais sans doute surtout, avec celle de leur vécu, la cohérence de l'ensemble magnifiée par Charmaine Leblanc, en chef d'orchestre efficace.

Depuis le temps qu'on les voit danser, on sait que ces sept-là sont de grands danseurs. C'est de les voir ainsi unis autour de lui, l'autre grand danseur disparu, qui bouge sur l'écran en les regardant dans les yeux, qui rend le tout si poignant. Terminus est une oeuvre complète, mature et maturée, forgée par la traversée de la vie, et de la mort. On en sort le coeur à nu.

Terminus, de Charmaine Leblanc, jusqu'au 24 novembre aux Ateliers Jean-Brillant (61, rue Rose-de-Lima).