Née française, formée comme interprète de danse contemporaine à Montréal et devenue chorégraphe, Dominique Porte est aussi une voyageuse et une exploratrice. Pour Ulysse, nous et les sirènes, pièce pour quatre danseurs et quatre musiciens, elle s'est associée aux compositeurs Laurent Maslé et Charles Papasoff.

Sylvie St-Jacques LA PRESSE

«Mon premier désir était de travailler avec deux chanteuses et deux compositeurs, ce qui est vraiment inhabituel», évoque la fondatrice de Système D, dont Ulysse, nous et les sirènes est la septième création.

 

Le projet a pris naissance à l'époque où Dominique Porte et Alain Francoeur collaboraient avec Charles Papasoff sur Un homme et une femme, pièce autour du Château de Barbe-Bleue de Béla Bartok. «J'envisageais de revenir à une chorégraphie avec deux partenaires et deux compositeurs. Sans histoire ni trame sonore, je voulais voir comment mon mouvement allait s'inscrire par rapport à une musique», relate Dominique Porte.

La rencontre entre un musicien issu du jazz (Papasoff) et un spécialiste de l'électronique (Maslé) a fait naître une partition dont les rythmes ont «beaucoup de groove», annonce la chorégraphe.

«Dominique n'arrête pas le travail tant qu'elle n'est pas satisfaite. Nous sommes tous les deux des bosseurs. Elle a un style à elle, très particulier. Ce qui est la marque de quelqu'un qui a du talent: elle ne se confond pas dans la masse», dit le saxophoniste et jazzman, qui s'est trouvé plusieurs atomes crochus avec la chorégraphe originaire d'Avignon.

«Pour ce projet, je souhaitais travailler avec des gens avec qui j'entretiens des relations soit artistiques, soit personnelles, ou les deux, poursuit Dominique Porte. Je jugeais essentiel que Charles et Laurent fassent partie de l'aventure, parce que ses enjeux sont exigeants, compliqués et un peu fous.»

De mélodies et d'harmonies

Très moderne par sa facture, la trame musicale d'Ulysse, nous et les sirènes est mélodique et harmonique, une rareté dans la création chorégraphique contemporaine, observe Charles Papasoff. «Pendant plusieurs décennies, le modus operandi des chorégraphes était de danser sur une «anti-musique»: on ne dansait plus sur de la musique, mais sur des ambiances sonores. Je suis très heureux que les chorégraphes reprennent l'assaut de la musique comme telle, sans délaisser pour autant les ambiances sonores.»

Le titre de la pièce évoque l'appel de la route. Dominique Porte a été entraînée dans le récit d'Homère, après deux résidences de création au bord de la mer. «Je me suis vraiment immergée dans le projet pendant un séjour à Macao avec le Cirque du Soleil. Ensuite, j'ai passé deux semaines en Corse, où ma soeur a une maison. Le large m'a fait repenser aux mythes et m'a amenée à relire L'Odyssée

Très librement, Dominique Porte s'approprie les grands thèmes de L'Odyssée (le voyage, l'obsession d'aller vers un ailleurs), pour composer une pièce où les personnalités distinctes de chaque interprète ont été mises à contribution. «J'ai travaillé en solo avec chacun, pour construire un vocabulaire spécifique à chaque personne sur scène. Les histoires qui en ressortent sont métaphoriques et tout un chacun peut s'y retrouver. Je voulais donner un angle de vue aux spectateurs, les invitant à faire leur histoire. Le voyage est en chacun de nous, autant chez ceux qui regardent que chez ceux qui agissent.»

Ulysse, nous et les sirènes, une création de Dominique Porte, à la Cinquième Salle de la Place de Arts, du 3 au 6 février.