Le premier souvenir de danse de Catherine Tardif? «J'ai 4 ans et je fais le mouton noir dans un cours d'expression corporelle, chez Mme Guèvremont, à Boucherville: le mouton devant moi me pète dans la face!» raconte, encore traumatisée, la chorégraphe du Show poche, présenté au Festival TransAmériques.

Stéphanie Brody, collaboration spéciale LA PRESSE

Peut-on présumer, en étirant la sauce un peu, que cette première expérience artistique mi-amère se révéla quelque peu prémonitoire? En effet, Tardif est devenue la chorégraphe de la faille, elle dont les créations, peuplées d'êtres attachants, mais dysfonctionnels, se situent toujours à la frontière du ridicule et du sublime, du rire et des larmes.

Une chance que l'épisode du mouton n'a pas dégoûté Tardif au point de lui faire renoncer à la danse! Sinon, Montréal se passerait non seulement d'une chorégraphe singulière, mais aussi d'une danseuse des plus sensibles.

«Mais là, je me suis un peu retirée du métier d'interprète, parce que je suis fatiguée du corps, mais aussi de la tête, et je commençais à me trouver de moins en moins généreuse dans certains types de travail plus physiques», avoue celle qui a dansé pour Jean-Pierre Perreault, Paul-André Fortier, Danièle Desnoyers, Carbone 14 et même Robert Lepage. Tardif ne participe donc plus qu'à quelques projets particuliers, comme les expérimentations multimédias de la compagnie Kondition Pluriel.

Mais si la scène ne lui manque pas, elle avoue d'emblée s'ennuyer de ses «vieux potes» danseurs: alors, elle les engage! Ainsi, trois de ses complices de longue date, Marc Boivin, Guy Trifiro et Sophie Corriveau, déjà interprètes dans Le show triste, créé en 2006, font aujourd'hui partie de la distribution du Show poche.

Celle-ci comprend aussi les comédiens Daniel Parent et Jean Turcotte: c'est que Tardif, qui, en 1998, fait danser Julien Poulin (Elvis Gratton) avec Éric Bernier (Les hauts et les bas de Sophie Paquin), dans Décorum, joue toujours à la frontière du théâtre et de la danse.

Et c'est encore à Michel F. Côté, prestidigitateur musical extraordinaire, ami et ex-conjoint, qu'elle confie la trame musicale du Show poche. «Ici, Michel se sert des chansons du compositeur Érik Satie, un peu comme il avait fait avec les musiques de film de Hitchcock avec Le show triste».

Pour poser les bases du Show poche, Tardif pousse ses amis dans le vide: elle leur lance un mot, une phrase, ce qui lui passe par la tête, et celui qui «la sent» improvise, seul ou à plusieurs. Au bout de trois semaines, elle dispose facilement de 450 de ces bribes improvisées!

«J'ai parfois l'impression de vampiriser mes interprètes, tellement il me livre leur âme quand on travaille comme ça», avoue Tardif, à qui il reste ensuite tout un travail d'édition et de composition. D'ailleurs, son instinct, son oeil et son étonnant sens du timing et du dosage ne la trompent que rarement quand vient le temps d'agencer tout ce matériel brut en une création finie.

«Je dois cependant avouer que je me suis rarement retrouvée devant une création aussi exigeante. Les sensations qu'elle me procure ne sont pas encore tout à fait celles dont j'ai envie», lance Tardif, à deux semaines de la première. Elle compare alors Le show poche à un amant exigeant! «C'est comme si la pièce me disait: «Hey, regarde-moi, j'ai des besoins!» La pièce est pratiquement terminée, mais là elle me pousse à lui trouver le petit mordant final. C'est ça qui est beau.»

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Le show poche, de la compagnie Et Marianne et Simon de Catherine Tardif. Du 28 au 30 mai, à l'Agora de la danse. Info: fta.qc.ca.