Pour la troisième fois, Tangente présente la Biennale de gigue contemporaine qui souligne les 10 ans de ce mouvement de réintégration et de métamorphose du folklore d'ici, initié en 1999 par Lük Fleury. Deux semaines d'intenses rencontres entre des gigueux déjantés et un public de plus en plus nombreux.

Aline Apostolska, collaboration spéciale LA PRESSE

La gigue, une affaire anglo-irlandaise que l'on dansait dans les cabanes au fond du bois en claquant des talons? Oui, bien sûr, mais ce n'est pas tout. La gigue, c'est notre patrimoine. Un rythme, une codification de pas bien spécifique qui laisse la part libre au travail du haut du corps. Une pulsation imposée dont l'interprétation révèle la personnalité de chacun. C'est ce que Lük Fleury, qui assure maintenant la direction artistique de la Biennale, appelle joliment «une poésie du sol».

Adepte d'une école de folklore, il s'est dit qu'il pouvait faire évoluer la gigue, l'adapter au temps présent en la mixant avec des sons et des formes chorégraphiques d'aujourd'hui, pour la rendre au grand public: «La gigue contemporaine n'est pas un mouvement individuel, mais un regroupement d'artistes, dans un esprit communautaire qu'il est essentiel de cultiver. Au départ, c'était une expérimentation de quelques fous qui jouaient à repousser les limites de la gigue, mais en acceptant l'idée d'une Biennale à Tangente, en 2005, Dena Davida nous a donné pignon sur rue.»

De plus en plus populaire, la Biennale n'est pas encore subventionnée: «Nous ne rentrons pas dans les normes des lignes de subventions, explique Fleury. On se situe entre deux, entre le mouvement traditionnel, amateur, et la danse contemporaine, mais sans en être. On est en train d'inventer une catégorie à part.» D'autant que les mixages avec la danse contemporaine internationale sont de plus en plus fréquents et élaborés.

En témoigne cette troisième Biennale qui offre sept spectacles en deux semaines. Lük Fleury détaille la programmation qu'il a concoctée: «La première semaine est marquée par la danse contemporaine, avec des artistes issus de ce milieu comme Maïgwenn Desbois et Pamela Poulin, l'expérimentateur sonore et gestuel Jean-Philippe Lortie et le performeur Ian Yaworski.

La deuxième semaine est plus spécifiquement réservée aux expérimentations sur des sons inattendus en gigue, avec Yaëlle Azoulay, Luca Palladino et Sandy Silva qui a carrément imaginé un système d'amplification des sons, le Sonotron, qui fonctionne comme la techno.»

On pourra aussi voir le film Rétro de deux figures fondatrices de la gigue, Nancy Gloutnez et Philippe Meunier, et assister à un match d'impro opposant deux équipes de gigueux, l'Improfolklo du 5 avril. Un événement vraiment original et «trippant» pour un art de vivre bien dans l'air du temps. Infos: www.tangente.qc.ca

Photographes et danseurs: solidaires

Afin de contribuer au financement de leurs prochaines créations, les Grands Ballets canadiens de Montréal proposent un coffret d'oeuvres photographiques de collection tiré à 60 exemplaires. Chaque coffret contient 10 photographies numérotées et signées des Grands Ballets par les artistes visuels et photographes contemporains Raymonde April, Evergon, Pascal Grandmaison, John Hall et Jesús Vallinas. Infos: www.grandsballets.com

Tournée allemande pour José Navas

Après un passage remarqué à Francfort en septembre dernier, la Compagnie Flak de José Navas poursuit sa tournée allemande avec Anatomies, pièce pour cinq interprètes créée en 2006 à Montréal, à l'affiche de deux festivals importants: l'Internationale Tanztage 2009 d'Oldenburg et le Schrit_macher d'Aachen, au sein du musée d'art Ludwig Forum. Anatomies a déjà été présentée une vingtaine de fois en Belgique, Hollande et Norvège, et se rendra en Corée au mois de mai. Au moins une compagnie que les coupes fédérales ne semblent pas encore affecter...

À l'agenda

> Phase II, Rubberbanddance Group, du 25 au 28 mars et du 1er au 4 avril, 20 h, à la Cinquième Salle de la PDA.

> Le Sacre du printemps, de Stijn Celis et Re-II, de Shen Wei, du 26 au 28 mars et du 2 au 4 avril, 20 h, au Théâtre Maisonneuve.

> Biennale de gigue contemporaine, du 26 au 29 mars et du 2 au 5 avril, à Tangente.