Spectacle remarquable que ce Golgotha Picnic. Un texte incisif porté par une musique omniprésente et des interprètes en très grande forme.

Mario Cloutier LA PRESSE

En ouverture de Golgotha Picnic, spectacle luxuriant de musique, d'art visuel et de littérature, David Jalbert entreprend au piano Les sept dernières paroles du Christ en croix de Joseph Haydn. Il poursuivra son interprétation à quelques moments durant la pièce et continuera après la dernière réplique du texte.

Au début, un Jésus en pagne noir marche sur une mer morte recouverte d'un continent de plastique faisant penser à ces îles vues aux nouvelles dans l'océan Pacifique. Pas de terre promise en vue. Plutôt, un accident de voiture spectaculaire.

Des femmes, anges, démons, saintes, qui sait Marie ou Madeleine, se penchent sur lui sans s'épancher. Elles feront plutôt le procès du «premier démagogue» de l'histoire. Sa folie et sa démesure sont passées au peigne fin de leur analyse grinçante pendant que le fils de l'homme imite des poses du Christ sur les peintures de maîtres comme Giotto et Angelico.

Il y aura au passage des attaques au lance-flammes contre la société de consommation, la gauche et la droite, la «religion» surtout. 

Le texte de Rodrigo García est celui d'un homme déchiré entre les valeurs chrétiennes et ce qu'il en reste aujourd'hui. S'il en reste quelque chose. Entre cru et poétique, son verbe fend souvent le coeur, mais s'adresse surtout à la tête. «Mais qu'avons-nous fait de lui?», pourrait-on demander.

Pour jouer les femmes, trois actrices remarquables, un trio d'enfer ou de purgatoire, selon le point de vue: Dominique Quesnel, Sylvie Drapeau et Lise Roy. Elles incarnent le texte, plutôt que de le réciter de manière distanciée, en y ajoutant des clins d'oeil parce que García est aussi un humoriste très noir de talent. Avec elles, Samuel Côté, Christ de pacotille, complète un tableau ténébreux, mais jamais désespéré.

En chuchotant, il résume bien le propos du dramaturge argentin qui vit en France: «Je ne vous invite pas à sauter par la fenêtre, mais en vous-mêmes.» De retour vers le futur de l'homme, en quelque sorte.

Angela Konrad orchestre cette fête pour la vue et l'ouïe avec la minutie et la précision qu'on lui connaît. 

Avec des sons de croustilles au maïs et de fines dentelles pour ces demoiselles. En synchronicité avec Haydn et au service d'une pensée qui se développe devant nous, plus nuancée qu'elle ne le laisse croire de prime abord. On reconnaît son goût baroque et son doigté moderne, sa signature tragi-comique.

Cependant, si la musique classique, la seule vue d'un tableau de maître de la Renaissance ou les aphorismes habiles vous ennuient, Golgotha Picnic n'est pas pour vous. L'originalité de la pièce est totale, les compromis absents. Ce spectacle est la preuve que même indigne ou indigné, l'art peut tout dire si on est disponible à le recevoir en communion.

Amen!

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Golgotha Picnic. De Rodrigo García. Adaptation et mise en scène d'Angela Konrad. À l'Usine C jusqu'au 29 septembre.