Le chemin des Passes-Dangereuses: Homo quebecus ***1/2

Félix-Antoine Duval, Maxime Denommée et Alexandre Goyette dans Le chemin des... (Photo Caroline Laberge, fournie par Duceppe)

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Félix-Antoine Duval, Maxime Denommée et Alexandre Goyette dans Le chemin des Passes-Dangereuses.

Photo Caroline Laberge, fournie par Duceppe

Mario Cloutier

Vingt ans plus tard, le magnifique texte de Michel Marc Bouchard a gardé toute sa force dans une mise en scène sensible de Martine Beaulne.

Trois frères que la vie a séparés se retrouvent pour le mariage du plus jeune. Une promenade en camion les mènera beaucoup plus loin que prévu sur le chemin des Passes-Dangereuses. Un périple étrange qui emprunte les méandres nébuleux des souvenirs de la disparition de leur père, 15 ans auparavant.

Ces frères différents - un travailleur forestier macho, un gérant de Costco qui s'apprête à se marier et un marchand d'art homosexuel - partageaient du moins une honte commune de leur père, poète alcoolique raté. L'amour-haine qu'ils éprouvaient pour cet homme, néanmoins aimant envers eux, n'est pas différent de celui qu'ils se vouent malhabilement, parfois violemment, l'un à l'autre.

On rencontre ici l'homo quebecus à son plus vrai et vulnérable. Silencieux et bavard, secret et complexé.

Au début de la pièce, les trois hommes gisent au sol. Le récit en spirale remontera le fil des événements qui a conduit à l'accident routier, tout en accrochant au passage les souvenirs d'enfance, les sentiments de culpabilité et les questionnements de chacun sur l'état de sa propre vie.

Un grand texte de la dramaturgie québécoise, bien construit avec des dialogues touffus, que la metteure en scène Martine Beaulne traite avec tout le respect qu'on doit à son auteur. Sa direction est bonne, même si le soir de la première, certains passages n'avaient pas trouvé un ancrage assez solide dans le corps des acteurs : Maxime Denommée, Alexandre Goyette et Félix-Antoine Duval.

Les trois ne semblent pas toujours à leur aise non plus dans l'impressionnante scénographie de Claude Goyette, une route brisée évoquant tous les cataclysmes émotionnels de la pièce comme ceux - glissements de terrain, inondations, tremblements de terre - qui ont marqué le Saguenay-Lac-Saint-Jean au cours des décennies.

Mais l'essentiel reste là devant nous, dans nos oreilles et dans nos coeurs. Un texte sensible et touchant qui défend l'idée de l'art et de la poésie, qui rend compte de l'amour et de l'amitié entre hommes comme nul autre et qui s'émeut du manque de synchronicité entre ces trois-là, qui auront compris trop tard que ce qui les désunit est aussi, parfois, ce qui les réunit.

***1/2

Le chemin des Passes-Dangereuses

De Michel Marc Bouchard

Mise en scène de Martine Beaulne

Chez Duceppe jusqu'au 24 mars




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