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Le rêve américain de Jérémy Demay

Jérémy Demay en spectacle au Théâtre Saint-Denis.... (Photo: André Pichette, La Presse)

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Jérémy Demay en spectacle au Théâtre Saint-Denis.

Photo: André Pichette, La Presse

Josée Lapointe

En voyant ce premier one man show de Jérémy Demay, on comprend mieux comment ce jeune Français arrivé au Québec il y a huit ans sans bagage ni expérience de scène a réussi à faire son chemin jusqu'à cette première. Il est en effet difficile de résister à son énergie contagieuse, et c'est de cette manière qu'il a pu conquérir le public du Saint-Denis mardi soir, comme il a su convaincre les gens du milieu qu'il avait ce qu'il fallait pour monter son propre spectacle.

Expressif, naturel, la gestuelle ample, se moquant autant de son «accent de marde» que des tics de langage québécois - À quoi sert le deuxième tu dans la phrase Tu veux-tu? -, ce grand bonhomme de 6 pieds 5 pouces habite la scène avec aisance et sait établir en quelques phrases un contact significatif avec le public. Il faut le voir en début de deuxième partie partager une bouteille de vin avec ses têtes de Turc pour constater qu'il a acquis une solide expérience d'impro contrôlée et qu'il possède un charisme évident.

Mais au-delà de l'histoire de ce jeune homme qui a quitté son pays et misé tout ce qu'il a pour commencer une carrière ailleurs, qu'en est-il de sa performance? Jérémy Demay ne fait peut-être pas rire aux éclats tout le temps, mais il sait bien broder autour d'un thème pour en extraire la drôlerie, que ce soit notre dépendance à la technologie et aux réseaux sociaux - ses Roméo et Juliette qui se textent, beau flash -, le niveau de vocabulaire des ados, une soirée à chanter autour d'un feu de camp. Il est moins efficace quand il va du côté de l'absurde et son analyse tordue de Je l'aime à mourir de Cabrel est probablement le numéro le plus faible de la soirée.

Fossé culturel ou générationnel, relations homme-femme, Jérémy Demay n'invente rien dans ses choix de sujets. Mais s'il défonce des portes ouvertes, il en a conscience - les hommes et les femmes sont différents, tout le monde le sait, mais ce serait tellement mieux si on acceptait ces différences au lieu d'essayer de changer l'autre, dit-il, preuve à l'appui. C'est d'ailleurs la ligne directrice de ce spectacle intitulé Ça arrête pu d'bien aller: on n'est jamais aussi heureux que lorsqu'on est soi-même. Dommage qu'il se sente obligé de le préciser en plus de manière appuyée à quelques reprises.

Ce discours gentil frôle la naïveté et la psycho-pop, mais Jérémy Demay le fait avec tellement de sincérité qu'on lui pardonne et qu'on se laisse entraîner dans son humour potache et bon enfant. Surprenant tout de même que cet univers qui ne tombe pas dans la vulgarité, même lorsqu'il parle de crument de sexe et d'hémorroïdes, ait attiré Mike Ward à la mise en scène. Probablement qu'au-delà du style, le plus direct de nos humoristes y a trouvé une honnêteté qui correspond  à la sienne.

Toujours est-il que dans cette mise en scène qui lui donne beaucoup d'espace pour bouger, s'agiter, pousser de petits cris, s'asseoir sur le bord de la scène ou jouer de la guitare, avec ces faisceaux lumineux qui rythment le spectacle et la musique très présente, Jérémy Demay a trouvé le véhicule parfait pour se présenter au public. Son émotion en fin de spectacle était évidente mardi soir, et cette histoire du rêve américain qui finit bien en est d'autant plus touchante.

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Au Saint-Denis jusqu'à samedi.




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