«Je ne sais pas si mon histoire est vraie, mais je sais que tu vas y croire.» C'est ce que dit Corbeau à la petite Nukum lorsqu'ils se rencontrent pour la première fois - elle mangeant des frites sur son balcon, lui attiré par lesdites frites et utilisant ses histoires comme monnaie d'échange. C'est clair dès le départ: Corbeau, nouvelle création du Théâtre de l'OEil, est un éloge de la fiction et de la mémoire. Ces récits, contes et légendes qu'on se transmet d'une génération à l'autre, qu'ils soient vrais ou non, cela n'a pas vraiment d'importance.

Josée Lapointe LA PRESSE

La rencontre entre Nukum et Corbeau, c'est la petite-fille de Nukum, Saskia, qui en fait la narration. Saskia a écouté les histoires de sa grand-mère, qui lui a relaté celles que Corbeau lui avait racontées: comment il est né humain et s'est transformé en oiseau, comment il a volé le soleil... Les paroles de Saskia sont ainsi mises en images par les marionnettes, et tout à coup apparaissent Nukum enfant et Corbeau, qui atterrit en criant «Des frites, des frites», un des leitmotivs de la pièce, pour la plus grande joie des petits.

Les marionnettes prennent vie dans la mise en scène très épurée d'André Laliberté, appuyé de manière fort ingénieuse par Richard Lacroix à la scénographie. Sur scène, pour tout accessoire, une longue table en bois qui devient un balcon, une forêt ou un quai. Derrière, un immense écran sur lequel les décors s'animent à partir d'un petit projecteur placé sur le côté de la scène. Un arbre, des nuages, des silhouettes, minuscules objets découpés dans du papier et délicatement manipulés par les marionnettistes, apparaissent en plus grande dimension et donnent à Corbeau les allures d'un livre de contes dont on tournerait les pages.

Les quatre artistes qui insufflent leur âme et donnent leur voix aux personnages - avec l'aide de micros-cravates, qui ont connu quelques ratés lorsque nous l'avons vu- sont époustouflants de précision. Très visibles, ils sont parfois trois pour faire bouger le seul corbeau, mais un seul d'entre eux fait parler et se déplacer les huit petits-enfants de Nukum.

Cette variété donne à la pièce beaucoup de mouvement, une fluidité qui ne se reflète pas nécessairement dans le texte, dont les différentes parties sont liées davantage par des éléments scénographiques - la robe de Nukum, qui est la même à mesure qu'elle grandit, par exemple- que par la narration à plusieurs niveaux.

Ces petits creux auront le temps de se combler, puisque cette création magnifique vivra sûrement de nombreuses années. Porté par la poésie et l'inventivité du Théâtre de l'OEil, Corbeau reste un moment de grande beauté.

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Corbeau, à la Maison Théâtre jusqu'au 27 octobre.