Les fourberies de Scapin a un côté «boîte à surprises» un peu «enfantin», estime Denise Filiatrault, qui se frotte à cette farce de Molière pour la deuxième fois en 20 ans. Joignant le geste à la parole, elle souligne le caractère puéril des imbroglios matrimoniaux qui opposent deux fils à papa, Octave (Marc St-Martin) et Léandre (Luc Bourgeois), aux papas en question dans son spectacle actuellement présenté au Monument-National.

Alexandre Vigneault LA PRESSE

Octave et Léandre n'affichent ici ni orgueil ni franche virilité. Les deux jeunes bourgeois tremblent comme des feuilles devant leurs pères ulcérés d'apprendre qu'ils se sont mariés sans leur consentement. Pis encore, ils pleurnichent comme des gamins capricieux lorsqu'ils doivent supplier un valet qui a du génie, Scapin (David Savard), de leur venir en aide.

Les pères, Argante et Géronte, joués par Carl Béchard et Marcel Leboeuf (contrairement à ce qui est indiqué dans le programme), ne sont guère mieux. Caractériels, ils se drapent avec ridicule dans l'autorité parentale et explosent en colères caricaturales. Naïfs à l'excès, ils se laissent prendre comme des enfants par les grossières manigances de Scapin, qui les traite justement comme s'ils n'avaient pas plus de jugeote qu'un gamin de 6 ans.

Bref, Denise Filiatrault traite Les fourberies de Scapin à sa juste valeur, c'est-à-dire comme une farce attachée avec des fils gros comme des câbles et dont les rebondissements, bien que prévisibles, s'avèrent comiques. La drôlerie ici naît bien sûr des situations dramatiques, mais surtout du rythme et d'une quantité de petites trouvailles de la metteure en scène. Des clins d'oeil au film Titanic ou à Michael Jackson, notamment, mais surtout une foule de détails, essentiellement liés au jeu physique, qui font mouche.

Acteurs en forme

David Savard, qui campe l'omniprésent Scapin, offre toute la désinvolture et la finesse qui sied au personnage. Martin Héroux est fantastique dans le rôle de Sylvestre et en particulier dans la scène où il se déguise pour effrayer Argante, joué par un Carl Béchard par ailleurs impeccable dans un registre comique qu'il maîtrise parfaitement. Danièle Lorain est délicieuse en Zerbinette, hilare, qui raconte à un Géronte au bord de la crise d'apoplexie le tour pendable qu'on vient de lui jouer...

Qu'en est-il de ce prologue et de cet épilogue circassiens? Ils s'avèrent tournoyants et spectaculaires, mais totalement accessoires et du reste mal attachés à la pièce elle-même. Rien dans le texte ni dans le spectacle ne les justifie. Denise Filiatrault ne propose pas une lecture aussi neuve et osée que celle que Serge Denoncourt, par exemple, a faite d'un classique de Goldoni l'an dernier, mais signe un divertissement plein d'élan et dont la scène finale est une véritable joie.

Jusqu'au 9 juillet au Monument-National.