Le parallèle mérite d'être souligné: en pleine «saison des galas» où s'enchaînent Golden Globes, American Music Awards, Oscars et Super Bowl en prime, le reste du monde, autrement solidaire, tient sa propre et nécessaire «saison des concerts-bénéfice» pour aider Haïti. Hier soir au Gesù, Dany Laferrière, Ariane Moffatt, Michel Rivard, Vincent Vallières et de nombreux autres ont animé une généreuse soirée, devant une salle comble et contemplative.

Philippe Renaud, collaboration spéciale LA PRESSE

Après un premier événement au Club Lambi le week-end dernier, le Gesù présentait hier soir L'Union fait la force, concert réunissant une quantité impressionnante de musiciens qui s'uniront ensuite pour une compilation d'enregistrements inédits, bientôt en vente à l'adresse haitimoncoeur.com. Ainsi, la performance de près de 2 h 30 s'est conclue par une nouvelle composition, N'ap chanté pou ou Haïti!, coécrite par Ariane Moffatt, Frank Deweare et Nomadic Massive et offerte sur scène pour la première fois hier.

La chanson sera enregistrée dès aujourd'hui, et on suggère qu'au moins une radio commerciale de la métropole n'attend que les bandes pour la diffuser. Tous les profits et redevances de droit d'auteur de cette chanson seront directement versés à l'organisme Médecins sans frontières, qui récoltera aussi les bénéfices de la soirée d'hier. D'autres artistes joindront leurs talents à cette compilation.

Pouvons-nous suggérer à Michel Rivard d'y participer? Le chansonnier était au Gesù, hier, venu aider à sa manière les sinistrés d'Haïti, seul, guitare au cou. A cappella, il a d'abord choisi d'interpréter Le mal du pays, composition de l'immense Manno Charlemagne, auteur, musicien, ancien maire de Port-au-Prince, pilier de la chanson créole qui nous a d'ailleurs rendu visite l'automne dernier. Frissons garantis.

Ovation pour Laferrière

Frissons, et tremblements de coeurs. Le mot est de Dany Laferrière, venu réciter un passage d'un roman, un des siens, sauf erreur. Les quelque 400 spectateurs lui ont réservé une ovation. «Merci, nous a-t-il répondu. Je suppose qu'on salue Haïti. Je ne suis qu'une simple métaphore...» enchaîna-t-il, avant d'évoquer, non pas la misère, la mort et la famine, mais la «conversation» qu'il y a aujourd'hui, grâce aux nouveaux médias notamment, qui ont mobilisé les jeunes de la planète au sort de son pays natal.

La soirée avait commencé par un autre texte, touchant aussi, récité par Guylaine Tremblay, accompagnée par le violoncelliste Claude Lamothe. Pendant que l'instrumentiste détournait à son compte un thème familier de Bach, la comédienne donnait le ton, l'urgence dans la voix: «L'ultime fléau qui peut encore s'abattre sur Haïti, c'est l'indifférence. Notre indifférence.»

Bien sûr, personne dans la salle, ni dans les coulisses, n'était insensible à la catastrophe qui frappe les cousins haïtiens. Le public écoutait religieusement les artistes venus les bercer pour 30 $: Ariane Moffatt, Ian Kelly et Lamothe, d'abord, interprétant le Alleluia de Leonard Cohen. On pense l'avoir trop entendue, celle-là, mais certaines circonstances la rendent à nouveau profonde et pertinente. La version qu'on en a faite était simplement magnifique.

Puis sont venus les musiciens de Kodiak, la bougie d'allumage de cette soirée. Le chanteur, François Grégoire, a cherché son père et son grand-père dans le pays sinistré. Un technicien du Gesù prenant des nouvelles se disait qu'il fallait bien faire quelque chose pour aider. «Ça a fait boule de neige», disait la relationniste de la salle. «On a même dû refuser des artistes...» Telle quelle, l'affiche - Bïa, Pépé et sa guitare, Jean-François Breau, Florence K, Boucar Diouf, les filles de Dobacaracol qui se retrouvaient enfin sur scène, et plus encore - aurait pu remplir le Métropolis. La compilation Haïti mon coeur sera le point d'orgue de cette belle manifestation de solidarité.

La suite ce soir

Ce ne sera évidemment pas la seule. Ce soir, c'est au Théâtre Telus qu'on chantera pour Haïti, avec Angelo Cadet, Les Colocs, Loco Locass, Dramatik, les stars du konpa Black Parents et d'autres. Demain, sur les réseaux de télévision, au Québec, aux États-Unis. S'ajoutent deux concerts de dernière minute: Haïti Nimbé, mardi prochain, au Studio Juste pour rire, avec Malajube, Beast, RadioRadio, Xavier Caféïne, Paul Cargnello et d'autres - les profits iront à la Croix-Rouge. Puis, le 1er février, à la Sala Rossa, Nomadic Massive, les MC Karma Atchykah et Narcicyst, et d'autres qui s'ajouteront, tout ça au profit du Lycée Jean-Baptiste Cinéas situé à Lymbé, au nord du pays.