Tracy Jutras, la jeune quarantaine, a senti l'appel un peu sur le tard. Qu'importe. Elle a trouvé le clown en elle. Ce qui n'est pas rien. Elle présente cette semaine son premier spectacle solo au Fringe de Montréal, Enfin libre.

Jean Siag LA PRESSE

Son père vient de Drummondville, sa mère de Sarnia, en Ontario, où elle a grandi. Mais rien ne prédestinait la jeune femme à une vie d'artiste. Encore aujourd'hui, Tracy Jutras travaille comme aide-infirmière dans un centre de soins de longue durée auprès de personnages âgées.

La piqûre, elle l'a eue en 2009, en assistant au spectacle Alegria, du Cirque du Soleil, à London. «Je ne sais pas très bien ce qui s'est passé, raconte-t-elle, mais quand j'ai vu la performance des clowns, je me suis dit: je veux être comme eux. Ce jour-là, Guy Laliberté était dans l'espace, mais je ne savais même pas qui il était...»

Dans les jours qui ont suivi, elle s'est inscrite à des ateliers de formation. D'abord avec Helen Donnelly, elle-même ex-clown du Cirque du Soleil, puis avec John Turner, non pas l'ex-chef des libéraux, mais le clown de Mump&Smoot. Et d'autres encore. Jusqu'à ce qu'elle prenne contact avec Nikolai Terentiev, le célèbre clown russe de Slava's Snow Show.

«Il y a un an, j'ai entendu dire que Nikolai habitait à Toronto. Je m'étais dis que je devais absolument le rencontrer. J'ai commencé à faire des recherches pour le retrouver. J'ai finalement parlé à sa femme, et quelques semaines plus tard, nous avons fait connaissance. Il a d'abord accepté de me donner des ateliers de formation, puis de travailler comme guide artistique pour la création de mon spectacle.»

Et quelles leçons a-t-elle tirées de ces rencontres avec ce maître clown? «Les clowns russes mélangent parfaitement la tragédie et la comédie, c'est une de leurs grandes forces. Mais ce que j'ai le plus appris de lui, c'est tout le travail nécessaire pour construire un dialogue intérieur. Pour que le public saisisse les intentions du clown, devine ce qui se passe dans sa tête.»

Son clown à elle s'appelle Lutine, clin d'oeil à sa petite taille. «Mais je porte un chapeau qui me donne de la hauteur» précise Tracy Jutras, rieuse. Habillée en hippie, avec un nez rouge qu'elle assume entièrement, Lutine, comme beaucoup de clowns, n'est pas très intelligente, mais elle exprime beaucoup d'émotions. Et elle est très théâtrale.

Enfin libre de quoi au juste? «Mon personnage de Lutine arrive sur scène avec tout son bagage de vie. Plein de trucs dont on n'a pas besoin, ou alors dont on devrait se débarrasser. Ce qu'elle fera pendant toute la durée du spectacle, jusqu'à ce qu'elle ne tienne en main qu'un coeur. Une façon de dire qu'on n'a pas besoin d'autre chose que l'amour.»

Après les représentations de Montréal, Tracy Jutras espère faire tourner son spectacle. En le bonifiant de quelques segments. En attendant, elle a l'intention de garder son emploi d'aide-infirmière, où elle s'amuse parfois à faire des numéros de clowns pour ses patients.

Enfin libre de Tracy Jutras, jusqu'au 24 juin au Bain Saint-Michel, dans le cadre du festival Fringe.