Les airs de Carmen vous procurent-ils des frissons ou vous laissent-ils de marbre? La belle bohémienne est-elle plus éclatante sur un écran ou sur scène? Et que diriez-vous d'écouter L'amour est un oiseau rebelle dans un fauteuil D-Box? Des chercheurs montréalais vont bientôt répondre à ces questions. Branchez les électrodes, le rideau monte!

MARIO GIRARD LA PRESSE

Mesurer «le niveau de plaisir»

Au cours des prochaines semaines, l'Opéra de Montréal va mener une expérience unique en son genre. Lors des représentations de Carmen (du 4 au 13 mai), une trentaine de spectateurs regarderont le spectacle coiffés d'un casque équipé d'électrodes. Ce laboratoire, élaboré et mené par une équipe du Tech3lab de HEC Montréal, suscite une telle curiosité qu'un chercheur américain, Jared Boasen, spécialiste des neurosciences, est venu s'installer à Montréal afin de suivre chacune des étapes. Ce projet est rendu possible grâce à une bourse de 200 000 $ offerte par la Fondation Getty. «En clair, nous voulons en savoir plus sur l'expérience que vit un spectateur en salle, explique Xavier Roy, directeur marketing de l'Opéra de Montréal. Nous allons analyser le niveau de plaisir des spectateurs. Comme plusieurs maisons d'opéra, nous voyons nos spectateurs nous délaisser au profit des projections proposées par le Met dans les salles de cinéma. Nous allons analyser et comparer plein d'autres choses. C'est un projet ambitieux et innovateur.»

Comparer les émotions

Le même groupe de spectateurs aura au préalable vécu d'autres expériences, comme celle de regarder sur un écran géant des extraits d'une production étrangère de Carmen. On s'intéressera également à leurs réactions au moment d'écouter dans le confort de leur foyer une version audio de Carmen. Ces tests seront également menés avec la méthode de l'électroencéphalographie. «Lorsque nous effectuons des études marketing sur notre clientèle, il y a toujours un vide sur l'expérience artistique, dit Xavier Roy. Ces tests vont nous permettre d'en apprendre davantage sur les émotions que ressentent les spectateurs dans divers contextes. Ces données seront très importantes pour nous.» Des résultats préliminaires de ces expériences seront connus dès le mois de juillet. Des données plus approfondies seront publiées dans des revues scientifiques plus tard en 2020.

L'expérience D-Box

L'entreprise longueuilloise D-Box, qui a notamment bâti sa renommée sur la conception de sièges permettant des mouvements et des vibrations lors d'une expérience (par exemple un film), se joint à l'équipe de l'Opéra de Montréal et du Tech3lab. Elle va profiter de l'occasion pour tester sa technologie en la jumelant à l'expérience de l'opéra. Des spectateurs regarderont donc quatre extraits vidéo de Carmen munis d'un casque pour réaliser un encéphalogramme. La Presse a pu assister aux premiers tests dans les studios de D-Box jeudi dernier. Pour la première fois, des représentants de l'Opéra de Montréal et du Tech3lab ont pu découvrir le résultat et faire part de leurs commentaires au sujet des codes de mouvement programmés par D-Box sur la musique de Bizet.

«Le but de cette expérience est de voir si notre technologie, qui est utilisée pour le cinéma, les jeux vidéo ou différents genres musicaux, peut convenir à la musique classique ou à l'opéra», a dit Jean-François Ménard, vice-président Innovation chez D-Box. Pour le moment, les mouvements et les vibrations ont été programmés sur des enregistrements vidéo, mais l'équipe de D-Box croit qu'il serait possible de faire vivre une expérience similaire aux spectateurs durant une prestation qui se déroule en direct. Aurons-nous droit un jour à des fauteuils D-Box dans des salles de concert ? Il est possible de l'imaginer.