Né au Canada français : Marcel Sabourin démasque la bêtise

Marcel Sabourin lira de vieux sermons et discours... (Photo: fournie par le FIL)

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Marcel Sabourin lira de vieux sermons et discours sortis tout droit de l'époque de la Grande Noirceur dans Né au Canada français, un spectacle présenté ce soir et qui promet d'être unique.

Photo: fournie par le FIL

En plein débat sur la Charte des valeurs québécoises, l'infatigable comédien Marcel Sabourin ne propose rien de moins que de nous lire des sermons d'hier dans un spectacle présenté au Festival international de la littérature (FIL) qui promet d'être unique: Né au Canada français. Son but? Démasquer la bêtise. Discussion avec un passionné des «mystères objectifs»...

Dans les studios de La Presse, devant la caméra et nos faces ahuries, le comédien Marcel Sabourin se lance dans la lecture d'un sermon daté de 1940. Ce n'est pas seulement son interprétation intense qui nous sidère, mais le propos. Il y est question de «démons lubriques», de «tentation», «d'enfer», «d'images impures». Le tout épicé par les commentaires du comédien, furieux contre le texte qu'il lit.

«Vos grands-parents ont été élevés là-dedans, comprenez-les, implore-t-il. On était caves! Si je n'avais pas eu des profs athées, si je n'avais pas découvert les Automatistes, j'aurais été cave pendant bien plus longtemps que je l'ai été!»

Mais d'où lui est venue l'idée saugrenue de monter ce spectacle à partir de sermons et de discours sortis des boules à mites de la Grande Noirceur? Simplement en redécouvrant ces textes il y a une dizaine d'années.

«J'ai entendu des extraits de discours de monseigneur Léger, du cardinal Villeneuve et de Marcel-Marie Desmarais, qui était une star de la radio, raconte-t-il. Il avait une espèce de courrier du coeur. Il conseillait le monde. Comme Janette Bertrand, mais du côté de Janette, c'était l'intelligence, la liberté, un bon sens de l'être humain tel qu'il est, alors que du côté de Marcel-Marie Desmarais, quelle bêtise!»

Joyeuse revanche

On sent derrière ce projet une joyeuse revanche sur le passé. L'acteur avait d'abord créé un personnage de scène pour ce spectacle, et puis non, il a changé d'idée, ce sera lui, Marcel Sabourin, qui commentera les textes, un collage réalisé en collaboration avec Pierre Lefebvre et Alexis Martin. Il y aura une bonne part d'improvisation, et en le voyant digresser allègrement pendant sa lecture, on devine qu'il ne pourra s'en empêcher.

Il est né en 1935 au «Canada français», il a bien connu l'emprise de la religion au Québec. Quant au fait que ce spectacle arrive en même temps que la Charte des valeurs québécoises, il précise que c'est un pur hasard. «Bernard Drainville a dû me téléphoner pendant mon sommeil, je ne sais pas... Je me demande si ça ne nuira pas au spectacle, parce que ce que je veux dire est très simple. C'est une littérature qui va être souvent comique sans le savoir. Ces auteurs sont des humoristes sans même l'avoir su, qui pensent avoir dit des choses sublimes mais qui sont RIDICULES!!!, finit-il par crier, en prenant la voix du professeur Mandibule de la célèbre émission La Ribouldingue.

«Mais quand j'entendais ça à 10 ans, 14 ans ou 16 ans, ça ne me semblait pas des bêtises, au contraire. J'étais pieds et poings liés entre leurs mains, je suivais ce que l'Église disait, ce qui était permis de faire ou de penser. Parce que c'était une vraie direction de la pensée.»

Il n'y aura pas que des déclamations religieuses et politiques douteuses dans ce spectacle, mais aussi quelques textes de résistance, notamment des extraits du Refus global, un manifeste qui l'a beaucoup marqué. «Place aux mystères objectifs... quelle phrase! Nous autres, ce n'était pas les mystères objectifs, c'était les mystères de l'Immaculée Conception, de la Sainte-Trinité. Ils pouvaient dire des niaiseries à coeur de jour, personne ne pouvait répondre.»

Tout cela pourrait être seulement comique s'il n'y avait pas beaucoup de souffrance, selon lui, derrière ces discours authentiques. Il se souvient de profs brillants et allumés qui croyaient aux théories de Darwin et qui s'engueulaient avec les dogmatiques accrochés à la version de la Bible. De ceux qui se sont défroqués non sans difficulté. Il se rappelle que la pensée de Saint Thomas d'Aquin était souveraine dans tous les établissements d'enseignement, trouve incroyable de ne pas trouver son nom dans un livre qu'il vient de lire sur les plus importants philosophes de l'histoire.

«Ça crée de drôles de bouleversements dans les cerveaux des gens de mon âge, vous savez!» Aujourd'hui, il ne jure plus que par ces «mystères objectifs» que la science nous dévoile, déplore que les médias ne s'attardent «qu'à ce qui va mal» et ne nous fassent pas découvrir davantage ces avancées pour lui époustouflantes comme la découverte du boson de Higgs.

Et la Charte, qu'en pense-t-il? «Je n'ai pas étudié cette charte. J'espère que ça ne tournera pas au vinaigre. Il ne faut pas rejeter les gens, mais l'importance - grave -, c'est que les gens qui croient en quelque chose de différent de nous, s'ils sont payés par cette société dans laquelle nous vivons, n'influencent pas les enfants à croire à des patentes autres que ce qui est tout à fait prouvé, pour qu'ils puissent se faire une idée du monde à partir d'une science la plus neutre possible.»

Bref, c'est écrit dans le ciel, il sera difficile de s'ennuyer en écoutant Marcel Sabourin lire les sermons de son enfance.

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Né au Canada français, aujourd'hui à 20h, au Théâtre Outremont. Pour plus d'infos: www.festival-fil.qc.ca




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