Depuis cinq ans, Zone Homa offre aux jeunes créateurs l'occasion de tester le fruit de leur travail, le temps d'une soirée. Théâtre, danse et musique sont ainsi présentés dans le cadre de performances, laboratoires, mises en lecture ou spectacles aboutis, une occasion unique de voir les artistes de demain.

Josée Lapointe LA PRESSE

«Parfois, les gens ont de super idées, mais c'est coûteux de faire de l'art, et créer prend aussi du temps, explique la directrice artistique de l'événement, Mellissa Larivière. Alors c'est bien que les créateurs aient un lieu pour essayer du nouveau matériel ainsi qu'une date de tombée qui les oblige à terminer ce qu'ils ont en tête.»

Cette année, 48 spectacles ont été programmés en 30 soirs; l'organisation avait reçu pas moins de 178 projets. «Les choix ont été difficiles à faire, car les gens ont de l'imagination et beaucoup de choses à dire.»

Si l'événement organise aussi de la «médiation culturelle» - résidence pour artistes étrangers, stages d'écriture, formation auprès des communautés culturelles -, Zone Homa est avant tout un lieu de diffusion.

«J'appelle ça un "pit stop" pour les créateurs, parce que la majorité des spectacles sont ensuite repris par des institutions professionnelles. C'est arrivé à Rebecca Déraspe, dont la pièce Deux ans dans votre vie, mise en lecture il y a deux ans, a ensuite été présentée au Théâtre d'Aujourd'hui.»

La diversité est bien sûr à l'honneur et il n'y a pas de thème imposé à Zone Homa. Mais en regardant la programmation, Mellissa Larivière y discerne beaucoup de poésie, de l'humour absurde et un net intérêt pour le social et la politique. «On parle beaucoup d'attentats, de l'actualité, de l'individualisme, de solitude. Mais dans le monde de la création, il est aussi beaucoup question de quête identitaire.»

Ce qui unit tout cela est un réel désir d'innover: théâtre pour bébé, spectacle dans un appartement, création de danse in situ, programmes doubles inusités: les jeunes créateurs n'ont peur de rien. «Notre rôle est de les soutenir et de bien les accompagner dans leurs projets. Nous faisons tout pour que les artistes puissent montrer où ils sont rendus dans leur création.»

Zone Homa, jusqu'au 24 août à la Maison de la culture Maisonneuve. Info: zonehoma.com

Théâtre

Zone Homa présentera entre autres Tranche-cul (photo), pièce chorale du comédien et auteur de contes et de pièces pour jeunes adultes Jean-Philippe Baril-Guérard. On pourra aussi voir L'art de la conversation, de Maxime Champagne, qui se déroule dans un appartement, et Le sacre du printemps (tout ce que je contiens) de Félix-Antoine Boutin, spectacle de clôture qui se déroule à l'extérieur, dans une ruelle. «Ce sera du théâtre dansé qui met en scène 20 comédiens. Félix-Antoine est vraiment un artiste à suivre et son travail est très visuel», souligne Mellissa Larivière.

Lectures et laboratoires

Des textes d'auteurs qui montent seront mis en lecture pendant Zone Homa. Entre autres Trois fois passera, premier texte de la comédienne Kim Despatie, et Nino (photo), de Rebecca Déraspe, sur la maternité. Une toute jeune troupe formée de finissants en théâtre y présente Projet hamster, avec un vrai hamster sur scène. «Les lectures permettent aux auteurs de vérifier si leurs textes ont un écho, explique Mellissa Larivière. Quant aux laboratoires, ça peut faire peur, mais cette génération de créateurs est de son temps, va très vite et est capable d'offrir quelque chose de très pro.»

Danse

Une bonne douzaine de spectacles de danse sont présentés à Zone Homa. Notons la présence de Sarah-Eve Grant, dont la nouvelle création, Jérémi Roy est un homme libre (photo), porte sur un de ses collaborateurs. «C'est plus de la performance, un genre d'autobiographie-fiction très drôle.» Un programme double s'annonce aussi intéressant: Des coqs et des taureaux de Patricia Gagnon, qui réunit danseurs et artistes visuels, et Fatigue, de la troupe espagnole Les filles Föllen, qui mettra en vedette des danseurs québécois.

Musique

«En musique, nous montrons des groupes qui sont incroyablement bons mais qui ne tournent pas encore à la radio commerciale.» Cette année, on pourra voir entre autres Thierry Bruyère (photo), oiseau rare folk bien entouré (Navet Confit et Émilie Proulx) qui a déjà un disque à son actif. Aussi, deux groupes québécois qui chantent en anglais - The Great Novel, dont le premier album, Ain't Too Pretty, est coréalisé par Dany Placard, et les planants Harvest Breed, qui seront d'ailleurs en programme double avec les stars montantes Will Driving West.