S'il est, dans l'histoire du Québec, un spectacle que l'on peut qualifier de mythique, c'est L'Osstidcho, créé au Théâtre de Quat'Sous en mai 1968.

Daniel Lemay LA PRESSE

Cette création collective, comme on disait alors, a transformé la chanson et le spectacle québécois en proposant un rapport nouveau à la langue, révélant du même coup deux artistes qui compteront parmi les plus grandes vedettes du Québec moderne: Robert Charlebois et Yvon Deschamps.

Aucun enregistrement commercial, audio ou vidéo, n'avait été réalisé de ce happening qui, par ailleurs, n'aurait jamais vu le jour sans l'apport de la chanteuse Louise Forestier et de la comédienne Mouffe, Claudine Monfette de son vrai nom.

L'an dernier, Yvon Deschamps a fait don de ses archives à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), archives dans lesquelles se trouvait un enregistrement professionnel de la 28e et dernière représentation de L'Osstidcho au Quat'Sous, le 20 juin 1968. Ces quatre bobines - il en manque une - représentent l'élément principal de la collection numérique de L'Osstidcho que BAnQ met en ligne aujourd'hui à l'occasion du lancement de sa programmation d'automne.

M. Deschamps sera à la Grande Bibliothèque aujourd'hui pour l'occasion, 44 ans après avoir créé son célèbre monologue Les unions, qu'ossa donne?

«Quelqu'un m'avait apporté des cassettes, au bureau de [l'impresario] Robert Vinet, a raconté à La Presse le nouveau retraité. Quand Robert a déménagé, Pierre Rivard m'a dit: «Il y a des cassettes à toi dans une boîte rouge». J'ai dit: "Écoutez-les". C'était L'Osstidcho. Un enregistrement de qualité professionnelle. Un document unique!»

Yvon Deschamps a-t-il quelque idée de l'origine desdits rubans? «Robert [Charlebois] ne se souvient de rien, mais après avoir réfléchi à la chose, j'en suis venu à la conclusion que c'est lui-même qui a dû faire enregistrer le show parce qu'il voulait faire un disque live avec l'intégrale de L'Osstidcho

Mais la compagnie de disques n'aurait pas voulu de l'intégrale. «Parce que les monologues, ça vendait pas», explique Yvon Deschamps en se retenant pour ne pas rire trop fort... Robert Charlebois a lancé son disque des chansons de L'Osstidcho - Lindberg, California, etc. - à l'automne 1968 avec le succès que l'on sait. Yvon Deschamps, lui, a sorti non pas un, mais deux disques de monologues en 1969... tout en donnant 310 spectacles au Patriote au cours de l'année. Presque «une job steady».

BAnQ met aussi en ligne un enregistrement audio (incomplet aussi) réalisé, avec un micro unique, par Pierre Petel, ancien directeur des Variétés de Radio-Canada, au cours d'une représentation de la deuxième mouture du spectacle, L'Osstidcho King Size, à la Comédie-Canadienne (devenue le TNM) en septembre 1968.

Dans les rubans du Quat'Sous, le deuxième monologue d'Yvon Deschamps s'intitule La violence. Évoquant le «printemps chaud» de 68, il dit: «En France et aux États-Unis, y'en a qui se font matraquer sur la tête!» «Considérez-vous chanceux de vivre dans une province où la police est l'amie du citoyen et où ces choses-là ne peuvent pas arriver.»

Quatre jours plus tard, le 24 juin au parc LaFontaine, la cavalerie de la police de Montréal chargeait les manifestants du Rassemblement pour l'indépendance nationale (R.I.N.) que menait Pierre Bourgault. C'était «le lundi de la matraque».