Le pari était osé: monter une comédie musicale pour financer des écoles pour les jeunes roms de Serbie. Un an après la première présentation de GRUBB (Gypsy Roma Urban Balkan Beats) à Montréal, Serge Denoncourt estime que l'objectif a été atteint. «On peut faire de l'humanitaire sans quémander et offrir un produit qui n'est pas dépressif», affirme le metteur en scène, à quelques jours de la reprise du spectacle au TNM, dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal.

Alexandre Vigneault LA PRESSE

Le succès de la comédie musicale, présentée à huit reprises l'an dernier, a permis d'amasser des fonds pour financer des projets scolaires, mais a aussi eu d'autres importantes répercussions en Serbie même. «Beaucoup d'enfants se sont présentés pour participer aux programmes de RPOINT», dit Serge Denoncourt.

700 participants

L'organisation non gouvernementale (ONG) à la source du projet accueille désormais environ 700 enfants et adolescents dans divers programmes offerts à Belgrade, Novi Sad et Nis, ses trois principaux points d'ancrage en Serbie. Le centre d'aide aux devoirx de Nis, que La Presse a visité en mai 2011, a même pu être réorganisé afin de devenir «une vraie école».

Les ateliers de danse et de musique, ainsi que la perspective de faire partie du spectacle, pour lequel les participants reçoivent un cachet, ne sont pas étrangers au pouvoir d'attraction de RPOINT. Serge Denoncourt assure toutefois que l'éducation demeure au coeur du travail de l'ONG et que celle-ci évalue les motivations des enfants. «Pour rester avec nous, ils doivent aller à l'école», réaffirme-t-il.

Si GRUBB a eu de telles répercussions en Serbie, c'est aussi parce que cinq de ses artisans - parmi lesquels Ibrahim «Bibi» Gasi, le chanteur principal - en ont concocté une version réduite qu'ils ont présentée environ une fois par mois depuis l'automne dans un théâtre belgradois que Serge Denoncourt décrit comme «l'équivalent d'Espace Go».

«Quand je suis allé en mars, la salle était pratiquement pleine, assure-t-il. La grande nouvelle, qui est très importante pour Belgrade, c'est que la foule était mixte: moitié Rom, moitié gadjo [nom donné aux Blancs par les Roms].» Une telle mixité est «à peu près impossible» en Serbie, dit le metteur en scène.

La situation des Roms demeure néanmoins précaire dans ce pays des Balkans. La famille de Bibi a été expulsée du campement informel où elle vivait, en plein Belgrade, dans une baraque de carton et de bois. Les autorités municipales ont relogé des familles dans des conteneurs métalliques apparemment transformés en maisons mobiles, mais le chanteur et les siens ont fini par s'installer dans leur maison en construction.

Situation inquiétante

Serge Denoncourt s'inquiète par ailleurs de la situation politique. «Il y a une montée du nationalisme en Serbie, de toute évidence», remarque-t-il. Il cite notamment l'élection-surprise d'un nationaliste qui a été ministre sous Slobodan Milosevic au poste de président de la République au mois de mai. Il craint que ce climat politique ne soit pas de bon augure pour les Roms.

GRUBB sera présenté au TNM dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal entre le 28 juin et le 3 juillet. La troupe se produira ensuite au Mondial des cultures de Drummondville, le 14 juillet, et terminera son périple nord-américain le lendemain avec un spectacle au Lincoln Center de New York.