Mademoiselle Pascale Picard chante le blues - et le rock - aux quatre coins de la France devant des salles combles. Cela ressemble à une petite tornade en perpétuel déplacement, et qui ravage tout là où elle passe. Les médias français la comparent à Alanis Morissette, mais aussi à Sheryl Crow, Tracy Chapman, Suzanne Vega ou Patti Smith. Ne jetez plus de fleurs, la cour est pleine.

Louis-Bernard Robitaille, collaboration spéciale LA PRESSE

Hier soir, petite émeute au Bataclan - l'équivalent du Spectrum - pour le premier de ses deux spectacles, qui affichent complet depuis 10 jours. On a donc rajouté une supplémentaire le 2 novembre prochain à l'Olympia. Les quelque 1500 spectateurs, pour la plupart debout à l'orchestre, étaient des fans convaincus et reconnaissaient les morceaux dès les premiers accords. Ovations, sifflets d'encouragement, interpellations: c'était le happening. Un délire dont a largement profité Ariane Moffat, invitée-surprise en fin de spectacle. En attendant la super soirée de la ville de Québec ce soir, avec les Lost Fingers en première partie.

Depuis le début mars et jusqu'à la fin avril, le «band» sillonne la France avec 28 dates à son programme: «On se déplace en bus spécialement aménagé avec 12 cabines, explique Karl-Emmanuel Picard, le cousin chargé de la logistique. On dort dans le car et tous les jours on se réveille dans une ville différente.» À Lyon, en Bretagne, dans la région bordelaise, les journaux annoncent le spectacle dans des salles de 1000 places en précisant: «C'est complet.»

Pur hasard. Dans la seule journée de lundi, il a suffi que je m'arrête dans un café de Saint-Germain pour apercevoir sur le téléviseur le début du vidéoclip de Smiling, son nouveau «simple» tout juste sorti. Et le même soir, au restaurant, j'entendais Gate 22, son premier tube, qui jouait sur une radio musicale.

Chez AZ musique - filiale d'Universal -, on précise que l'album Me, Myself and Us, dont la carrière a commencé en septembre dernier, a dépassé les 120 000 copies, «ce qui est extraordinaire ces jours-ci».

Pascale Picard avait fait une petite sensation dès son apparition au Midem de Cannes, en janvier 2008. Puis elle a eu droit à une apparition remarquée à Taratata, l'une des rares émissions de variétés (en direct) de la télé française. Après quoi, c'est le buzz - comme on dit en France - qui a fait son effet pour l'essentiel.

«Nous nous sommes démenés pour avoir des papiers dans les journaux, explique Emmanuelle Buffard, attachée de presse chez AZ. Et Le Monde a quand même envoyé un journaliste à Montréal et publié deux pleines pages dans son magazine du vendredi. Mais c'est le bouche à oreille: tous ceux qui l'ont vue en spectacle en ont parlé autour d'eux.»

Pascale Picard ne fait certes pas les émissions «people». Et chanter en playback n'est pas non plus son genre: donc pas de passage aux grandes heures d'écoute. Et jusqu'à présent, elle est ignorée par la presse culturelle «chic» - Les Inrocks, Libération, Rock and Folk. Peut-être parce qu'elle mélange les genres et les époques et ne suit pas les dernières modes: «À Libé, dit-on chez AZ, on n'a pas été convaincus par son album, plus soft que sa performance sur scène. Il faut réussir à amener les journalistes à ses spectacles, car alors ils sont conquis.»

Cela n'empêche pas Gate 22 et Smiling de tourner à plein régime à la radio. Et partout où elle passe, la presse régionale est dithyrambique: «Lointaine soeur de Patti Smith, PJ Harvey ou Alanis Morissette, écrit Le Progrès de Lyon, Pascale Picard est sur le point de conquérir toute l'Europe par la finesse de ses mélodies. Pour la France, c'est déjà fait.»

La conquête du grand public? Ce n'est peut-être pas le but recherché. Mais en tout cas un noyau dur de fidèles - qui achètent des tee-shirts à son nom après le spectacle - grossit à vue d'oeil.