Leonard Cohen donnait jeudi soir le 99e concert de sa tournée mondiale. Un concert comme les autres, entendait-on dans l'entourage du chanteur plus tôt dans la journée. «Pour Leonard et son groupe, tous les concerts sont très importants. S'il ne donne pas d'interview en tournée, c'est justement pour être en mesure de s'investir complètement dans chacun de ses spectacles et satisfaire le public chaque soir, où qu'il se trouve. C'est pour ça que les critiques sont si bonnes depuis le début», nous disait l'agent du chanteur, Robert Kory.

Mis à jour le 21 févr. 2009
Alain De Repentigny LA PRESSE

Mais voilà, ce 99e concert était aussi le premier de Cohen en plus de 15 ans à New York et il y avait au Beacon Theatre environ 150 journalistes des quatre coins de l'Amérique venus vérifier pourquoi l'artiste montréalais de 74 ans a tellement été encensé au Canada, en Europe et en Océanie. Et puis, il y avait parmi les 2800 chanceux qui avaient mis la main sur ces précieux billets des fans inconditionnels venus de San Francisco ou d'Austin, Texas, qui se mêlaient aux amis de Cohen, dont Rufus Wainwright, ou aux stars du cinéma et de la télé comme Harvey Keitel, Adrian Grenier de la série Entourage et Richard Belzer.

 

Pour tout dire, je n'ai pas été étonné d'apprendre qu'à la fin de ce concert «comme les autres», Cohen a remercié son agent en lui donnant une affiche sur laquelle il venait d'inscrire les mots «You did it».

Cohen avait raison d'être transporté. Ce fut un grand spectacle, riche en musique et en émotions, et qui portait l'empreinte de New York, de son public exubérant, moins recueilli que la moyenne, des irréductibles qui goûtaient bruyamment les bons mots du poète, quand ils ne se levaient pas systématiquement à la fin de chacune des chansons pour l'acclamer. Faut dire que comme Cohen connaît fort bien New York pour l'avoir habité, il a pondu un certain nombre de chansons à saveur locale qui n'ont pas manqué de provoquer des cris d'approbation. Je pense à Chelsea Hotel #2, à First We Take Manhattan et Famous Blue Raincoat ou même à Democracy (is Coming to the USA), stratégiquement insérée vers la fin du spectacle et pendant laquelle on a entendu une spectatrice crier, avec plus de bonne volonté que d'à-propos, «Free Tibet!»

Comme à Montréal l'été dernier, Bird on a Wire, Tower of Song et Hallelujah ont rallié le public, mais mon coup de coeur de la soirée va à The Partisan, l'émouvante chanson de résistance magnifiquement servie jeudi par une musique riche et enveloppante. Ce joyau que Cohen chante en partie en français, il le réservait pour le public européen au moment de son passage à Montréal l'an dernier. Mais comme il l'a ramené dans ses bagages, on devrait pouvoir l'applaudir à Québec et à Ottawa en mai.

Cohen n'était pas très bavard jeudi soir, particulièrement avant l'entracte. Mettons ça sur le compte d'une nervosité tout à fait légitime compte tenu des circonstances. Pourtant, plus la soirée progressait, plus son bonheur était palpable et plus son humour caustique faisait mouche. «Les temps sont durs, on raconte même que ça va être pire que le bogue de l'an 2000», a-t-il dit juste avant de conclure la première partie du concert avec la chanson Anthem. Puis il a pouffé de rire. Et après l'entracte, il nous est revenu dans une forme redoutable.

Après 27 chansons et 2 heures 50 minutes de bonheur, le public new-yorkais était conquis. You did it, est-on tenté de dire à Leonard Cohen.