Un invité de La Presse prend position sur des sujets qui marquent son actualité. Cette semaine: Quincy Armorer.

Publié le 15 déc. 2018
LUC BOULANGER LA PRESSE

En attendant une production en français d'Angélique, d'ici deux ans probablement, le Black Theatre Workshop (BTW) monte ce soir sur la scène du Centre du Théâtre d'Aujourd'hui, à l'invitation de Sylvain Bélanger. La troupe propose une mise en lecture et en musique de la pièce de Lorena Gale. L'auteure raconte la tragique histoire de Marie Joseph Angélique, une esclave noire pendue publiquement en 1734 à Montréal. Un texte qui fait aussi écho «aux problèmes de racisme systémique persistant encore aujourd'hui», estime le comédien et directeur artistique du BTW, Quincy Armorer.

Les pièces historiques

Pour

Pour les membres des communautés noires, les ancêtres sont très importants. Il nous faut observer le passé pour réaliser d'où l'on vient et... tout le chemin qui reste à faire. Alors, les pièces historiques sont essentielles. De plus, l'Histoire du Canada qu'on enseigne dans les écoles et dans la société en général est écrite d'un point de vue colonialiste qui exclut la réalité de groupes et communautés qui ne font pas partie des dominants. À mes yeux, il faut se souvenir d'où l'on vient pour savoir dans quelle direction nous allons.

Visiter les écoles

Pour

Au BTW, chaque année depuis près de 30 ans, la compagnie se déplace avec des pièces créées pour aller jouer dans les écoles. Je pense que les élèves, dans leur milieu, reçoivent nos productions d'une manière différente que dans un théâtre; c'est une autre expérience que les sorties scolaires. Ils se sentent importants parce qu'une troupe se déplace pour aller les voir.

Les quotas au théâtre et au cinéma

Pour

Avec bémol. Je suis pour l'objectif des quotas, mais j'ai de la difficulté avec l'idée d'établir des règles strictes. À mon avis, cela devrait se faire naturellement. L'intention est bonne, mais le moyen est douteux. Il faut simplement comprendre l'importance d'inclure des gens de la diversité.

Une distribution daltonienne

Contre

Je préfère une approche d'éveiller les consciences. Le color-blind casting, c'est beau en principe, mais ça n'ajoute rien à la diversité des récits et des esthétiques. Il faut avoir une vision plus large que seulement s'attarder à la couleur de la peau dans la distribution des rôles au théâtre, au cinéma et à la télévision.

Réviser les classiques, tel Casse-Noisette

Pour

Le contexte est très important pour analyser une oeuvre et ses clichés. Je veux qu'on avance et qu'on évite de répéter les mêmes erreurs du passé. Il y a des oeuvres du passé avec des éléments racistes, misogynes, sexistes, homophobes, etc. Mais ça reste du cas par cas. Par exemple, dans Médée, le personnage tue ses propres enfants pour se venger de son mari. Si on change l'histoire, la pièce n'a plus de sens. Ses actions sont extrêmes parce que son destin est extrême. Mais dans une autre pièce, on peut décider de changer un mot qu'on juge déplacé, inapproprié ou simplement cliché pour le public d'aujourd'hui sans dénaturer une oeuvre.

Les stages de sensibilisation au racisme

Pour

Je pense qu'une formation pour sensibiliser des employés à la diversité au travail, c'est un bon début. Tout le monde en a besoin. Même avec les meilleures intentions du monde, on ne peut pas se mettre entièrement à la place des autres. J'ai parfois des conversations avec des femmes qui me racontent ce qu'elles vivent comme discrimination. En les écoutant, je réalise que je n'avais jamais pensé à telle ou telle chose ; que je n'avais pas réalisé tel point de vue. C'est normal, parce que je ne suis pas une femme. Ça ne peut pas faire de mal d'encourager des employés, comme on l'a fait chez Starbucks au printemps dernier, à la réalité de personnes racisées.