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Jean-Sébastien et Vincent-Guillaume Otis: deux frères

Du plus loin qu'il se souvienne, Vincent-Guillaume Otis... (Photo Patrick Sanfaçon, La Presse)

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Du plus loin qu'il se souvienne, Vincent-Guillaume Otis (à droite) a toujours voulu protéger son frère, Jean-Sébastien, qui a une déficience intellectuelle depuis sa naissance.

Photo Patrick Sanfaçon, La Presse

À quelques heures d'animer le Cabaret singulier pluriel au bénéfice de la déficience intellectuelle, la semaine dernière au Lion d'or, le comédien Vincent-Guillaume Otis nous a rencontré avec son frère cadet, Jean-Sébastien. Ce dernier, qui a une déficience intellectuelle depuis sa naissance, a accordé à La Presse sa toute première entrevue. Une affaire de famille et d'amour.

Le mot «fratrie» définit l'ensemble des frères et soeurs d'une même famille. Mais il évoque aussi la fraternité des membres de la grande famille humaine. Dans le cas des frères Otis, ces deux mots s'unissent et se répercutent dans un même élan universel.

Du plus loin qu'il se souvienne, Vincent-Guillaume Otis a toujours voulu protéger son frère, né 13 mois après lui à Limoilou, dans une famille qu'il qualifie de «cellule aimante et serrée».

«Au primaire, où nous étions dans la même école régulière, ensuite Jean-Sébastien a été orienté dans un programme spécialisé au secondaire, explique la vedette de Série noire. Mais j'allais le voir pour m'assurer qu'il ne soit pas seul. Je me suis toujours organisé pour être proche de lui.»

«Je m'impliquais dans ses activités parascolaires, comme les matchs d'improvisation ou le hockey cosom. Avec le recul, je réalise que j'avais un oeil sur lui pour voir comme allait son intégration dans la société.»

Jeudi dernier, Vincent, qui est porte-parole national de la Société québécoise de la déficience intellectuelle, allait pour la première fois partager la scène professionnelle avec son petit frère, arrivé le jour même de Québec avec ses parents pour coanimer un cabaret-bénéfice. Comme tout artiste, Jean-Sébastien est nerveux et a un peu le trac à quelque heures de sa première, d'autant qu'il vient à peine de recevoir son texte et n'a pas pu répéter beaucoup.

«T'en fais pas, ça va bien aller, Jean-Sébastien, tu es un artiste dans l'âme!», lui lance le professionnel de la famille.

«Ma première rencontre avec la déficience intellectuelle, c'est quand j'ai vu les autres interagir avec mon frère», témoigne Vincent qui, encore aujourd'hui, voit la différence de son frère comme un cadeau et non un fardeau. «Mon frère m'a appris de belles valeurs, comme celle de s'ouvrir aux autres au lieu de se tourner vers soi-même et d'avoir une attitude fermée.»

Sans Jean-Sébastien, Vincent croit même qu'il serait un moins bon acteur: «Je fais un métier d'ouverture. À mon avis, on ne peut pas être un acteur avec le regard toujours tourné vers soi, ça nous enlève des possibilités. L'art, c'est de l'humanité qu'on traite à petite échelle.»

Deux métiers, un amour

Jean-Sébastien Otis a 39 ans, une blonde et un boulot. Il travaille dans l'entretien ménager dans un cégep à Québec. «Au début, j'étais à temps partiel. Je travaille maintenant cinq jours par semaine, et j'aime ça parce que je fais plus d'argent», dit-il à la blague. Il a vu toutes les pièces de théâtre dans lesquelles son frère a joué. Bien que plus jeune, il aurait cru que Vincent choisirait un autre métier... celui de policier. (Fabienne Larouche a donc vu juste en lui offrant le rôle de Patrick Bissonnette dans District 31.) «Mais au bout du compte, je suis fier et très content de son choix. Peu importe le métier qu'il fait, je l'aime pareil.»

Une autre chose que Vincent a apprise de son cadet, c'est de ne pas alimenter les préjugés de l'imaginaire collectif d'un groupe et de juger a priori: «Les enfants n'ont pas de jugement jusqu'au jour où on leur dit qu'ils doivent en avoir», dit-il. 

Ce à quoi Jean-Sébastien sent le besoin d'ajouter: «Je l'aime, mon frère, et je l'aime comme il est. Je ne veux pas qu'il change.»

Vincent-Guillaume Otis est actuellement en répétition pour la pièce classique Des souris et des hommes, qu'il met en scène chez Duceppe à la fin du mois. «Outre le fait qu'un personnage principal vit avec une déficience intellectuelle, cette pièce-là est une oeuvre littéraire mythique que j'aime beaucoup. Depuis longtemps, je veux mettre en scène cette grande tragédie qui parle d'un drame humain.»

Il reste que Des souris et des hommes s'inscrit tout naturellement dans les choix de carrière de Vincent-Guillaume Otis, car son expérience unique et profonde avec son frère a teinté sa sensibilité d'artiste et de citoyen. Cette fable intemporelle sur l'amitié trouve écho dans son histoire familiale. Dans la personnalité des frères Otis, on trouve une tendre amitié, un bel idéalisme, qui s'apparentent au lien entre George et Lennie dans l'oeuvre de John Steinbeck. «Nous nous protégeons mutuellement», concluent les deux frères.

Des souris et des hommes, du 24 octobre au 1er décembre, au Théâtre Jean-Duceppe.

Pour la cause

Depuis 10 ans, Vincent-Guillaume Otis est porte-parole national de la Société québécoise de la déficience intellectuelle, dont la mission est de sensibiliser et de créer des rapprochements entre 82 000 personnes vivant avec une déficience intellectuelle et la population au Québec. La 31e Semaine québécoise de la déficience intellectuelle aura lieu du 17 au 23 mars 2019. «Quand j'ai commencé à faire mon métier, je voulais épouser une cause qui me tienne à coeur. Après la sortie du film Babine, l'Association du Québec pour l'intégration sociale m'a approché pour me demander si je voulais être porte-parole.»




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