L’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) a conclu la première partie de sa Tournée des Amériques hier soir au Symphony Center de Chicago. La Presse retrace quelques moments forts de cette 55e tournée de l’OSM, dernière grande virée du maestro Kent Nagano, qui a dirigé 10 concerts.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Les 105 musiciens de l’OSM ont mis fin à la première partie de leur Tournée des Amériques hier soir à Chicago avec un nouveau programme. L’ensemble montréalais y a joué des œuvres de Prokofiev (Symphonie no 1 en ré majeur, op. 25), Bartók (Concerto pour orchestre, Sz. 116) et Rachmaninov (Rhapsodie sur un thème de Paganini, op. 43), qui mettait en vedette le pianiste Denis Matsuev, en résidence avec l’OSM cette saison.

Un nouveau programme en fin de parcours

« Changer de programme est parfois important dans une longue tournée, nous a confié le maestro Nagano à quelques heures de cette ultime représentation avant de rentrer au pays. Ça nous garde en éveil et ça nous donne un nouvel élan », a-t-il précisé. Cette Tournée des Amériques a été « au-delà » de ses espérances, nous a dit Kent Nagano.

À plusieurs occasions, l’orchestre a joué à un niveau inégalé, qui montre bien à quel point l’OSM a évolué au fil des ans. Le public le percevait d’ailleurs très bien, c’était très émouvant pour moi. J’ai fait plusieurs tournées avec l’OSM, et c’est toujours aussi agréable je dois dire.

Kent Nagano

Simone Lamsma et Alexandra Soumm en vedette

PHOTO FOURNIE PAR L’OSM

La violoniste Simone Lamsma et le chef d’orchestre Kent Nagano

La Néerlandaise Simone Lamsma et la Française d’origine russe Alexandra Soumm ont joué en alternance le programme de l’OSM au cours des deux dernières semaines. Les deux jeunes femmes se sont partagé les œuvres de Brahms et Mozart. D’abord avec le Concerto pour violon en ré majeur, op. 77 de Brahms, et puis avec le Concerto pour violon no 3 en sol majeur, K. 216 de Mozart.

Le thème des influences

Pourquoi avoir concocté ce programme double avec Brahms et Bartók, puis Mozart et Mahler ? « J’ai voulu centrer le programme sur Vienne et l’immigration, répond Kent Nagano. Vienne était l’une des capitales de l’Empire austro-hongrois, et je me suis intéressé aux influences entre les deux pays. Quand Mozart a quitté Salzbourg pour s’installer à Vienne ou quand Brahms a quitté Hambourg, ils ont été exposés à la danse et à la musique folklorique hongroise. C’est quelque chose qu’on entend bien dans leurs œuvres. Bartók et Mahler ont eux aussi convergé vers Vienne, et ont été influencés par la culture hongroise. On a d’ailleurs souvent joué La danse hongroise no 5 de Brahms en rappel. Et on l’a jumelé avec Bartók pour rappeler à quel point leurs œuvres sont liées dans le temps, mais aussi sur le plan esthétique. »

Début canon à São Paulo

PHOTO FOURNIE PAR L’OSM

L’OSM à la Sala São Paulo

La Tournée des Amériques a débuté il y a 15 jours à la Sala São Paulo, au Brésil. L’OSM y a joué les œuvres de Brahms et de Bartók pour donner le coup d’envoi. « J’ai eu l’impression que le public brésilien attendait notre retour, nous a dit Kent Nagano. Il y avait beaucoup d’excitation le premier soir et je crois qu’ils se souvenaient bien de notre précédente tournée en 2013. On avait fait bonne impression à ce moment-là. C’était très festif et j’ai envie de dire qu’avec le public, il y avait une chimie explosive. » Ont suivi des concerts à Rio de Janeiro, toujours au Brésil, à Santiago au Chili, à Buenos Aires en Argentine, mais aussi au Mexique.

Teatro Colón de Buenos Aires

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Le Teatro Colón de Buenos Aires

Le passage de l’orchestre au fameux Teatro Colón de Buenos Aires les 7 et 8 octobre a été l’un des moments forts de la tournée de l’OSM, a également souligné le chef Nagano. « C’est un théâtre légendaire parce que plusieurs légendes s’y sont produites, évalue le directeur artistique de l’OSM. On était face à un public de connaisseurs très instruit et raffiné. Je dois dire que sur le plan émotif, spirituel et artistique, on a atteint un sommet à Buenos Aires. »

On a joué à un niveau dont on ne peut que rêver. L’orchestre a vraiment été incroyable dans cette salle. Je pense que les musiciens vous diraient la même chose.

Kent Nagano

Première fois au Mexique

PHOTO FOURNIE PAR L’OSM

L’OSM lors de son passage au Festival de Cervantino, au Mexique.

C’était la première fois de sa longue carrière que le maestro Nagano dirigeait un orchestre au Mexique. « C’était un plaisir d’enfin rendre visite à mes voisins, nous a dit en riant le chef d’orchestre, qui a grandi en Californie. C’est drôle, parce qu’autant le Mexique est nord-américain, autant il y a une culture très ancienne et très riche en traditions si on fait la comparaison avec les États-Unis et le Canada. Et pourtant ce sont nos voisins immédiats. » L’orchestre s’est d’abord produit devant plus de 3000 personnes à Guanajuato dans le cadre du populaire Festival Cervantino (qui mettait le Canada en vedette), puis au Palacio de Bellas Artes de Mexico et enfin à la Sala Plácido Domingo de Guadalajara.

La suite en 2020

La deuxième partie de la Tournée des Amériques aura lieu en 2020 avec deux concerts. D’abord au Roy Thomson Hall de Toronto le 19 février. Puis le 24 mars à Carnegie Hall, pour la 45prestation de l’OSM dans la mythique salle new-yorkaise. Mikhaïl Pletnev y jouera le Concerto pour piano en la mineur op. 54 de Schumann, tandis que deux chœurs d’hommes de l’Université de l’Illinois se joindront à l’Orchestre pour interpréter la Symphonie no 13 de Chostakovitch.