(New York) Dans la profondeur des catacombes de Brooklyn, à New York, au fond d’un couloir étroit et obscur, parviennent les accords d’une musique qui, en ce lieu, paraît irréelle : un concerto pour cordes.

Maggy DONALDSON
Agence France-Presse

Andrew Ousley, qui a créé ce rendez-vous régulier, impertinemment appelé « La mort du classique », explique qu’il veut simplement conjurer le sort : il est trop tôt pour écrire les nécrologies du genre.

« La musique classique peut toujours être pertinente, elle peut avoir un impact sur les gens qui ne sont pas forcément le public auquel on s’attend », explique l’homme de 36 ans à l’AFP lors d’une répétition dans les catacombes du cimetière de Green-Wood, dans l’ouest de Brooklyn.

« Cette musique n’est pas morte », développe-t-il, « Je pense qu’il est important de l’habiller avec une expérience plus large. Surtout pour les gens qui n’ont pas l’habitude de la musique classique et de ses rituels, et qui se demandent nerveusement “Est-ce que je fais ce qu’il faut, est-ce que j’applaudis au bon moment ?” »

Après avoir lancé en 2015 son programme des « Sessions de la Crypte », des concerts intimes tenus dans une église d’Harlem, Andrew Ousley a commencé l’année dernière à organiser des représentations dans les catacombes — vieilles de près de 150 ans et normalement fermées au public — du cimetière de Green-Wood, où reposent près d’un demi-million d’âmes, parmi lesquelles celles de l’artiste Jean-Michel Basquiat ou du compositeur Leonard Bernstein.

Ce lugubre repaire offre « une acoustique extraordinaire » avec « un son incroyablement généreux et optimisant pour la musique acoustique et classique, les cordes, la voix et le piano », s’enthousiasme-t-il.

Projection sur les arches

Selon une étude du Fonds national pour les arts, une agence fédérale américaine, en 2017, seulement 8,6 % des Américains adultes ont assisté à un évènement de musique classique. En 2002, ils étaient 11,6 %.

PHOTO JOHANNES EISELE, AFP

Ce lugubre repaire offre « une acoustique extraordinaire » avec « un son incroyablement généreux et optimisant pour la musique acoustique et classique, les cordes, la voix et le piano ».

Une autre étude de 2012 montrait qu’un tiers du public avait plus de 65 ans.

Ses représentations à lui, dans la crypte d’Harlem ou les catacombes de Brooklyn, attirent une audience variée en âge, assure Andrew Ousley.

Son défi : allier la qualité qu’attend de sa performance « quelqu’un qui a déjà vu 1000 représentations » et « être accueillant et aussi peu prétentieux que possible pour quelqu’un qui n’est jamais venu ».

Le programme de cette semaine, une représentation du Stabat Mater, œuvre religieuse composée par l’italien Giovanni Battista Pergolesi en 1736, est assuré par l’Orchestre de cordes de Brooklyn.

Eli Spindel, son directeur artistique, reconnait que les institutions de musique classique ont parfois tendance « à être trop conservatrices ».

« Mais ce qu’elles arrivent à réaliser est incroyable et ne pourrait pas être accompli par des responsables avec des petits budgets ou des petites salles », nuance-t-il.

« Pour une représentation de la Symphonie no 9 de Gustav Mahler, vous voulez des orchestres du plus haut niveau dans une grande salle ».

Pour que le genre survive, résume-t-il, il faut qu’un savant mélange entre salles traditionnelles et représentations plus excentriques s’opère.

En plus du Stabat Mater, on présentera également cette semaine à Green-Wood l’Adagio pour cordes, œuvre mélancolique du compositeur américain Samuel Barber, et le Fratres de l’estonien Arvo Part. Le tout, agrémenté de projections visuelles sur les arches des catacombes.

Le programme du moment se concentre donc sur le deuil, « la catharsis et comment trouver un sens à la perte de la vie », explique Andrew Ousley.

« On est dans une chambre très appropriée pour cette musique », souligne avec un sourire Eli Spindel.