Dans le cadre des Concerts Campbell, l'Orchestre Métropolitain et son directeur artistique et chef principal Yannick Nézet-Séguin présentaient vendredi un cinquième concert sous les étoiles pour le cinquième été de suite devant le chalet du Mont-Royal. Difficile d'imaginer de meilleures conditions météorologiques dans un tel contexte : ciel dégagé, brise rafraîchissante et une lune bien ronde pour éclairer l'orchestre symphonique et les quelque 7000 personnes qui l'entouraient.

Mis à jour le 28 juill. 2018
Alain Brunet LA PRESSE

Sans baguette vendredi soir, Yannick Nézet-Séguin s'est présenté en tenue estivale, bermuda et t-shirt noirs. Fidèle à lui-même, il a salué la foule avec courtoisie, et ce, en plusieurs langues, question de souligner le cosmopolitisme montréalais et, aussi, de marquer la présence des touristes en cette saison estivale.

L'orchestre a d'abord joué une Polonaise, extrait instrumental de l'opéra Eugène Onéguine. Opéra typique de la fin du XIXe siècle, cette oeuvre de Piotr Illich Tchaïkovski révèle dans cette partie purement instrumentale des airs plutôt guillerets, dynamiques et rythmés, comme le fera observer le maestro québécois, avant de nous suggérer de passer « de l'amuse-bouche à la salade ».

Pour filer la métaphore culinaire de notre chef, le deuxième plat au menu mettait en valeur le quatrième mouvement de la Suite pour orchestre no 4 en sol majeur Mozartiana de Tchaïkovski, en hommage à Wolfgang Amadeus Mozart, oeuvre aussi facile d'accès que la précédente et qui met en relief le violon solo Yukari Cousineau dans ce Tema con variazioni construit autour d'un thème inspiré des Dix variations en sol majeur sur Unser dummer Pöbel meint de Mozart.

Le plat principal fut l'exécution de la Symphonie no 4 en fa mineur, opus 36, une des fameuses symphonies du destin qui exprime admirablement l'état d'esprit dans lequel se trouvait le compositeur russe, à la fois tourmenté par le gâchis de sa vie conjugale et des moments d'apaisement, séquences plus sereines et d'autant plus brillantes sur le plan conceptuel. Les élans des cuivres dans le premier mouvement, Andante sostenuto en fa mineur, traduisent ce fatum, ce grand coup du destin qui empoisonne l'existence et interdit l'accès à la félicité.

Le second mouvement, Andantino en modo di canzona en ré bémol majeur, est traversé par une magnifique charge mélodique autour de laquelle Tchaïkovski a construit une séquence symphonique de génie. Le troisième, Scherzo en fa majeur, mène les cordes de l'orchestre à nous faire tanguer à l'écoute de superbes pizzicati. Inutile de préciser que le finale sera dramatique, triomphal.

Le « dessert » consistera en une autre évocation de Mozart par Tchaïkovski, et donc le troisième mouvement de la Suite no 4, inspirée cette fois de l'Ave verum corpus, K. 618.

Conditions météo idéales, écoute fort appréciable dans le contexte, sonorisation améliorée en cours de prestation...

Dus en partie à cause du vent, les ajustements de la sono au belvédère Kondiaronk n'ont pas été trop laborieux, somme toute. Qui plus est, les milliers de spectateurs- la capacité maximale du site a été atteinte vendredi soir pour ce concert - et le maestro ont semblé ravis par cette nuit, disons-le, magique.

Le même programme sera présenté samedi soir, à 20 h, au parc de West Vancouver de L'Île-des-Soeurs.

PROGRAMME

Le programme du concert était entièrement consacré au compositeur russe Tchaïkovski : 

Polonaise d'Eugène Onéguine

- Quatrième mouvement de la Suite pour orchestre no 4 en sol majeur Mozartiana

- Symphonie no 4 en fa mineur, op. 36