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Opéra de Montréal: Lakmé, un petit peu moins...

Lakmé (Audrey Luna) et son vieux père Nilakantha... (PHOTO FOURNIE PAR L'OPÉRA DE MONTRÉAL)

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Lakmé (Audrey Luna) et son vieux père Nilakantha (Burak Bilgili) à l'Opéra de Montréal.

PHOTO FOURNIE PAR L'OPÉRA DE MONTRÉAL

Claude Gingras
La Presse

Lakmé, le seul opéra connu de Léo Delibes, a pour thème le fanatisme religieux, ce même sujet qui défraie présentement manchettes et conversations chez nous. Or, tous ont vu Pauline Marois samedi soir à la première de Lakmé. Mais attention : elle y était, non pas comme principale actrice du débat, mais à titre de première ministre du Québec. Bien qu'on ne l'ait pas annoncé officiellement, elle présidait, du haut de la loge jadis occupée par la reine d'Angleterre, l'événement marquant le 50e anniversaire, jour pour jour, de la Place des Arts.

Car il faut savoir que cette Salle Wilfrid-Pelletier, premier immeuble du présent complexe, portait le simple nom de La Grande Salle lors de l'inauguration historique du 21 septembre 1963. Il y a de cela un demi-siècle. Et c'était aussi un samedi soir. Le nom actuel vint trois ans plus tard.

Madame Marois, qui voyait Lakmé pour la première fois, nous a confié avoir «beaucoup aimé» le spectacle. Nous aussi. Un petit peu moins que la fois précédente cependant.

Pour ouvrir sa 34e saison, l'Opéra de Montréal revient en effet à cette oeuvre très populaire. Mieux : à la même production scénique qui, réalisée conjointement avec Opera Australia, fut dévoilée à Sydney en 2006 et à Montréal en 2007.

Même si certains éléments de décor reviennent de tableau en tableau -- question de budget, sans doute --, le spectacle est encore très beau : le jardin luxuriant, le temple imposant, les costumes somptueux, et jusqu'à la très kitsch déesse aux dix bras, le tout dans un flamboyant déluge de couleurs.

La distribution est entièrement nouvelle. Aline Kutan fut deux fois notre «incontournable» Lakmé : en version concert en 2000, en version scénique en 2007. Il était temps d'entendre un autre son de clochettes. Cette fois, le plus célèbre air français pour colorature tinte dans le gosier d'une parfaite inconnue, l'Américaine Audrey Luna  (qui en remplace d'ailleurs une autre). On peut parler ici de révélation. La voix, petite, agréable et très haute, est conduite avec autant de souplesse aérienne que de précision technique et peut être aussi pénétrante qu'une flèche. Dans le fameux Air des clochettes, justement, cette page la plus attendue de l'oeuvre, la nouvelle venue multiplie les notes piquées sans la moindre erreur (là précisément où l'«infaillible» Natalie Dessay se trompe) et choisit une variante plus aiguë encore que ce qu'on entend habituellement. (On s'étonne que la foule applaudisse encore au beau milieu de l'air pourtant si connu!)

À la voix se greffent ici d'autres qualités. Audrey Luna incarne avec un égal naturel la fille aimante de l'impitoyable brahmane et l'amoureuse de l'étranger que son père déteste et fait poignarder. Et son français est plus qu'acceptable.

Basse d'origine turque à la voix profonde et sonore, et toujours très présent comme acteur, Burak Bilgili est impeccable en Nilakantha, le brahmane.

Nous n'avons pas oublié, de 2007, le Gérald plein d'ardeur de Frédéric Antoun. Le rôle de l'amoureux de Lakmé passe maintenant à John Tessier et c'est dommage. Tessier vocalise et prononce correctement, mais il chante sans expression, il n'a aucun sens du phrasé et son jeu est plat : on dirait un commis voyageur. Son compagnon d'armes, Frédéric, trouve en Dominique Côté un interprète sincère. Il y a là du style, une bonne diction, mais une voix un peu couverte. Les quelques phrases du serviteur Hadji sont chantées avec une rare clarté. Rien à dire ou à redire sur les autres.

La mise en scène est conventionnelle, plutôt statique et trop souvent en «position assise» sur les marches du temple. Comme en 2007, l'Orchestre Métropolitain est dans la fosse. Là encore, préférence à la direction précédente. Jean-Francois Rivest avait transfiguré la sentimentale musique de Delibes. Cette fois, Emmanuel Plasson se contente de battre la mesure. Ce qui fait paraître encore plus longue une soirée qui, avec deux entractes, totalise trois pleines heures.

Avant le spectacle, Florie Valiquette, l'une des interprètes, vient en costume dire quelques mots d'histoire sur la Place des Arts.

* * *

LAKMÉ, opéra en trois actes, livret d'Edmond Gondinet et Philippe Gille d'après Pierre Loti, musique de Léo Delibes (1883).

Production: Opéra de Montréal. Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. Première samedi soir. Autres représentations: 24, 26 et 28 septembre, 19 h 30. Avec surtitres français et anglais.

Distribution:

Lakmé, prêtresse hindoue : Audrey Luna, soprano

Gérald, officier britannique : John Tessier, ténor

Frédéric, son compagnon : Dominique Côté, baryton

Nilakantha, brahmane, père de Lakmé : Burak Bilgili, basse

Ellen, fiancée de Gérald : Florie Valiquette, soprano

Rose, amie d'Ellen : France Bellemare, soprano

Mistress Bentson, leur gouvernante : Rachèle Tremblay, mezzo-soprano

Mallika, servante de Lakmé : Emma Char, mezzo-soprano

Hadji, serviteur de Lakmé : Aaron Sheppard, ténor

* * *

Mise en scène: Alain Gauthier

Décors et costumes : Mark Thompson

Éclairages: Anne-Catherine Simard-Deraspe

Choeur de l'Opéra de Montréal (dir. Claude Webster) et Orchestre Métropolitain

Direction musicale : Emmanuel Plasson




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