Ils ont à peine 20 ans et déjà, ils sont sous les feux de la rampe. Les jeunes musiciens que l'on pourra découvrir à la Virée classique, ce soir et demain, ont de la musique plein la tête, mais aussi des idées. La Presse les a rencontrés pour discuter des défis de leur génération.

Mis à jour le 16 août 2013
Caroline Rodgers LA PRESSE

«Maintenant que l'on peut écouter les plus grands orchestres du monde sur son ordinateur, il y a un danger que les gens se déplacent moins pour aller au concert, dit Marianne Dugal, violoniste à l'OSM et porte-parole de la Virée classique. Mais ceux qui viennent à l'OSM se rendent bien compte qu'en personne, c'est une tout autre expérience, surtout dans une salle de qualité. Il y a une électricité dans l'air que l'on ne peut ressentir que sur place.»

Des événements comme la Virée classique représentent donc une excellente porte d'entrée pour qui veut s'initier.

«L'an dernier, j'ai trouvé le concept de pouvoir assister à plusieurs concerts dans une même journée vraiment génial, dit Stéphane Tétreault, violoncelliste. Même si je donnais un concert et que j'ai participé à une émission de radio sur place, j'ai fait mon possible pour aller entendre d'autres musiciens.»

Rajeunir le public

Pour lui, il ne fait pas de doute que les musiciens de sa génération doivent redoubler d'efforts pour aller à la rencontre du public.

«C'est le grand défi dont tout le monde parle: il faut essayer de renouveler et de rajeunir le public de la musique classique, dit-il. On doit rejoindre les jeunes là où ils sont, et aller les chercher, même si c'est un à la fois. L'une des façons d'y arriver, pour moi, c'est en étant très actif sur l'internet.»

Attention, cependant, de ne pas se laisser éparpiller, souligne Xiaoyu Liu, pianiste de 16 ans.

«Avec le développement des technologies, nous sommes submergés d'information et tout va vite, dit-il. Comme musicien, il faut prendre le temps de ralentir et de se tourner vers les enseignements du passé pour développer la profondeur de sa pensée musicale.»

Kit Armstrong, également pianiste, croit que l'auditeur doit lui aussi faire sa part d'efforts.

«Il y a beaucoup d'initiatives présentement pour rendre la musique classique plus facile à digérer, mais je pense que celle-ci requiert un apprentissage. C'est une musique très riche et on a besoin de développer ses connaissances pour pleinement l'apprécier. Quelqu'un qui ne la connaît pas peut l'apprécier quand même, mais plus il fera des efforts pour la connaître, plus il en découvrira la beauté.»

La virée classique en bref:

> 30 concerts de 45 minutes en deux jours

> Activités gratuites pour toute la famille

> Des billets variant de 10 à 30$

Stéphane Tétrault

Violoncelle, 20 ans, Canada

À savoir: Depuis l'an dernier, il joue sur un violoncelle Stradivarius dont la valeur est estimée à six millions de dollars. Cet automne, il entreprendra une tournée avec les Jeunesses musicales du Canada dans l'est du pays.

Moment décisif: «Quand j'ai commencé le violoncelle à sept ans, c'était simplement un passe-temps. C'est ma rencontre avec Yuli Turovsky, vers 9-10 ans, qui a tout changé et m'a donné le goût d'en faire un métier.»

Xiaoyu Liu

Piano, 16 ans, Canada

À savoir: Lauréat du Concours OSM Standard Life 2012, il s'est également produit avec le Cleveland Orchestra. Né à Paris, il a grandi à Montréal.

Moment décisif: «J'ai commencé à apprendre le piano à sept ans. Au début, je ne prenais pas cela au sérieux. Vers l'âge de 10 ans, j'ai commencé à participer à des concours et c'est ce qui m'a donné le goût de développer mon talent. Les concours me donnaient l'occasion de travailler plus fort et de jouer devant un public.»

Marianne Dugal

Violon, 36 ans, Canada

À savoir: Deuxième premier-violon associé de l'OSM, elle fait partie de l'Orchestre depuis l'âge de 20 ans.

Moment décisif: «À 18 ans, j'étudiais le violon en Floride et l'OSM est venu en tournée à Miami. J'ai réservé un minibus pour aller les écouter avec mes amis. Ils ont joué la Symphonie no 1 de Mahler et je m'en souviens comme si c'était hier. C'est à ce moment précis que je me suis dit: je veux faire partie de cet orchestre-là! Deux ans plus tard, j'atteignais mon but.»

Hyeyoon Park

Violon, 21 ans, Corée du Sud

À savoir: Née à Séoul, elle a fait ses débuts à sept ans avec l'Orchestre philharmonique de Séoul. En 2007, elle remportait le Concours international Louis Spohr, en Allemagne. Depuis, elle s'est produite avec plusieurs orchestres.

Moment décisif: «À quatre ans, j'ai visité ma cousine qui venait de commencer des cours de violon. Elle avait un violon miniature et j'ai eu le coup de foudre. Je voulais prendre l'instrument, le toucher. J'ai dit à mes parents que je voulais absolument apprendre à en jouer.»

Kit Armstrong

Piano, 21 ans, États-Unis

À savoir: Enfant prodige, protégé d'Alfred Brendel, il est aussi compositeur. Il a mené des études scientifiques parallèlement à ses études musicales et est titulaire d'une maîtrise en mathématiques de l'Université de Paris. À huit ans, il composait sa première symphonie.

Moment décisif: «À cinq ans, j'ai lu des livres sur la notation musicale et j'ai voulu imiter ce que je voyais. J'ai commencé à écrire des notes sur une portée parce que je trouvais ça joli. Ma mère, voyant cet intérêt, m'a inscrit à des leçons de piano.»