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Pinochet et Thatcher ressuscités le temps d'un opéra

Margaret Thatcher, photographiée en juin 2009.... (Photo: archives AFP)

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Margaret Thatcher, photographiée en juin 2009.

Photo: archives AFP

Marie-Pierre Ferey
Agence France-Presse
Paris

«Ainsi, vous avez amené la démocratie au Chili»: c'est ainsi que Margaret Thatcher salue son vieil allié dans la guerre des Malouines contre l'Argentine, l'ancien dictateur Augusto Pinochet. Leur rencontre dans un appartement londonien, le 26 mars 1999, est au coeur d'Aliados, opéra créé du 14 au 19 juin au Théâtre de Gennevilliers, près de Paris.

«On reproche souvent à l'opéra de s'emparer de sujets anciens, là c'est un opéra du temps réel», explique le metteur en scène Antoine Gindt.

Les faits sont contemporains - la rencontre se déroule il y a seulement 14 ans à Londres, dans un appartement où Pinochet est assigné à résidence alors qu'il est accusé de crimes contre l'humanité -, et le traitement de l'opéra fait appel aux techniques les plus en pointe: il a été conçu en partie dans les studios de l'Ircam (Institut de recherche et coordination acoustique/musique), le laboratoire du son fondé par Pierre Boulez et implanté près du Centre Pompidou.

Les voix des protagonistes ont été traitées pour refléter leurs caractères: Pinochet vociférant dans un mégaphone grâce à des filtres, la voix de Thatcher hachurée pour illustrer les troubles de langage de la maladie d'Alzheimer dont elle commence à souffrir. Chacun s'exprime dans sa langue maternelle: l'espagnol pour le dictateur, l'anglais pour «Maggie», comme pour matérialiser l'enfermement de chacun dans sa logique personnelle.

La mise en scène fait appel à la vidéo: le réalisateur Philippe Béziat, virtuose de la captation d'opéras, doit tourner et projeter les images en direct, offrant un «prolongement filmé» à l'action sur le plateau.

Mais la technique ne se substitue pas au spectacle vivant: il y aura bien un orchestre (ensemble Multilatérale), une mezzo pour incarner Thatcher (Nora Petrocenko) et un baryton pour Pinochet (Lionel Peintre).

Côté partition, chaque personnage est personnifié par un «avatar» instrumental, la clarinette pour «Maggie», le trombone pour Pinochet.

Message politique

Trois personnages de fiction incarnent la raison d'État: l'aide de camp est par exemple chargé de rappeler les accusations portées contre Pinochet par le juge espagnol Baltazar Garzon, sur la base du véritable acte d'accusation de l'époque. Le «conscrit», dont l'instrument est la guitare électrique, représente la génération de 63 qui a pris de plein fouet la guerre des Malouines.

«Je suis moi-même né en 1963», rappelle l'auteur du livret, l'Argentin Esteban Buch. «Au travers de Thatcher, de Pinochet, de la guerre des Malouines, j'ai fait un retour sur mon histoire et sur celle de ma génération». Il dit assumer «complètement un message politique, engagé», une autre singularité dans le monde de l'opéra. Sebastian Rivas, qui a écrit la musique, est pour sa part fils d'exilés argentins.

Après Gennevilliers, l'oeuvre sera donnée au festival Musica de Strasbourg (4 octobre), à Rome (Teatro Palladium 11 octobre) et Saint-Quentin-en-Yvelines près de Paris (31 janvier).

Aliados est un des temps forts du festival Manifeste de l'Ircam, qui propose jusqu'au 30 juin 18 créations mondiales et premières en France. La soprano canadienne Barbara Hannigan chantera notamment le 24 juin au Théâtre parisien des Bouffes du Nord (Nono, Posadas, Schoeller). Un débat sur le numérique (Postérité, devenir, oubli) est organisé le 14 juin.




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