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La soirée de Rouleau et Lavigueur

Joseph Rouleau... (Photo: Robert Skinner, archives La Presse)

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Joseph Rouleau

Photo: Robert Skinner, archives La Presse

Claude Gingras
La Presse

Le dimanche 28 février 1988, le journal que vous lisez en ce moment -et qui publiait alors une édition dominicale -titrait: «BORIS GODOUNOV: colossal, émouvant, inoubliable».

L'article, signé de la même main que les présentes lignes, commentait la version concert du célèbre opéra de Moussorgsky présentée le vendredi précédent à l'église Saint-Jean-Baptiste avec, dans le rôle-titre, Joseph Rouleau, qui célébrait, ce même 28 février, ses 59 ans. Au concert, Rouleau était entouré d'une formation chorale qui prit bientôt le nom de Choeur Classique de Montréal. Pour marquer son 25e anniversaire, l'ensemble de 75 choristes donnait jeudi soir à la Maison symphonique, avec les 63 musiciens de l'Orchestre symphonique des Jeunes de Montréal, un grand concert de 15 choeurs d'opéras de Verdi, Wagner et autres, totalisant deux heures de musique, devant une foule extrêmement enthousiaste d'environ 1500 personnes.

Louis Lavigueur, titulaire des deux formations (et d'une demi-douzaine d'autres), dirigeait le concert. Pour l'occasion, il avait invité notre indéfectible basse nationale à reprendre, à 84 ans, la Scène du couronnement du tsar Boris.

Présentant lui-même les oeuvres au micro, avec une clarté qu'on souhaiterait retrouver chez un de ses collègues locaux, avec humour aussi, M. Lavigueur rappela que le Boris Godounov de 1988 était l'initiative de Radio-Canada. «J'ai bien dit Radio-Canada», ajouta-t-il sur un ton non équivoque faisant allusion à ce qu'est devenue la musique classique à notre Radio nationale. Ce qui, bien sûr, provoqua les rires de l'auditoire.

Le héros de la soirée se fit attendre cependant. Le concert débuta à 20 h, on fit à 21 h un entracte de 30 minutes, et Joseph Rouleau ne parut qu'à 22 h 12... pour chanter pendant cinq minutes - et de mémoire, bien sûr. Qu'on ne s'y trompe pas: ce grand professionnel du métier projette encore une voix puissante et une image vraisemblable du tsar troublé par sa conscience. Le programme imprimé l'annonçait dès avant l'entracte en Prince Igor de Borodine, mais on l'attendit en vain.

D'un âge également respectable, 63 ans, Louis Lavigueur déploya devant ses troupes son habituelle et étonnante énergie, mais sans toujours obtenir le résultat escompté. Inévitablement, choeur et orchestre montrèrent de la fatigue au bout de ce très long et épuisant programme qui les mena à 22 h 30. Dans l'ensemble, et malgré des trompettes d'Aida épuisées, le jeune orchestre sonna bien. Mais c'est carrément un choeur amateur que nous écoutions: bien intentionné, certes, avec toutefois des carences quant à l'homogénéité, l'équilibre, la diction et la justesse.

Trois voix solistes précédaient Joseph Rouleau. Stéphanie Pothier en Carmen lance un «Prends garde à toi!» de mezzo bien timbré et incarne avec dignité l'agonisante Didon, mais elle a une sérieuse tendance à détonner. Natalya Savelyeva, nouvelle venue de Russie, chevrote plus qu'elle ne chante. Antoine Bélanger a très peu chanté. Ce fut donc là un de ses meilleurs soirs.

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CHOEUR CLASSIQUE DE MONTRÉAL et ORCHESTRE SYMPHONIQUE DES JEUNES DE MONTRÉAL. Dir.: Louis Lavigueur. Solistes: Joseph Rouleau, basse, et autres. Jeudi soir, Maison symphonique, Place des Arts.




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