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Michèle Losier dans Médée: en haut de l'affiche

«Je ne peux pas dire qu'il y ait... (Photo fournie par la production.)

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«Je ne peux pas dire qu'il y ait eu un tournant dans ma carrière. C'est plutôt une accumulation d'événements.»

Photo fournie par la production.

Louis-Bernard Robitaille
La Presse

(Paris) La Montréalaise tient la vedette dans Médée à Paris, après une saison partagée entre Covent Garden, le Met et le Festival de Salzbourg.

Michèle Losier pourrait se prendre pour une diva. Ou presque.

Au moment où je la rencontre, elle tient le haut de l'affiche au Théâtre des Champs-Élysées (TCE), magnifique salle Art déco de 1913, dans le rôle-titre de Médée de Marc-Antoine Charpentier (1693). Après cinq représentations supplémentaires à l'opéra de Lille, elle enchaînera avec les Contes d'Hoffmann d'Offenbach, d'abord en version concert avec les Musiciens du Louvre puis en version scénique au grand théâtre Liceu de Barcelone. Avant de terminer l'année avec L'Enfance du Christ en décembre avec l'orchestre symphonique de Montréal en décembre.

Sur son agenda, elle a noté des engagements jusqu'à la fin de la saison 2013-2014.

Ajoutons à la liste un nouveau contrat au TCE en 2014-2015: «Elle jouera Phoebé dans Castor et Pollux de Jean-Philippe Rameau, nous dit son directeur général, Michel Franck. Ce sera son troisième rôle chez nous. Michèle Losier est encore toute jeune, mais c'est indéniablement l'une des mezzos qui montent et qui montent sur toutes les scènes internationales, dans le baroque, la musique française et allemande. Elle fait partie de la nouvelle relève.»

Modeste

La principale intéressée  a beau préciser qu'elle «ne reçoit pas des centaines de propositions par année», ce qu'on lui propose depuis deux ans n'est pas mal du tout. Pendant la saison 2011-2012, elle a fait ses débuts à Covent Garden dans le rôle de Siebel du Faust de Gounod avant de le reprendre quelques semaines plus tard au Met de New York. La même saison, elle a interprété trois fois le rôle de Dorabella (Cosi fan tutte), à Covent Garden, au Festival de Salzbourg et au théâtre des Champs-Élysées. Sans compter un premier prix au prestigieux Alice Tully Hall, qui jouxte l'école Juilliard de New York, où elle avait poursuivi ses études.

À 35 ans - elle tient à préciser son âge -, elle a déjà fréquenté les plus grandes maisons d'opéra dans le monde. Même si, insiste-t-elle, «[lorsqu'elle est] passée à la Scala de Milan, c'était seulement pour jouer Mercédès, un second rôle dans Carmen».

Mademoiselle Losier, malgré un palmarès impressionnant, fait dans le genre modeste: «Je me souviens de toutes ces années pas si lointaines où j'ai survécu grâce à des bourses, où il fallait une subvention pour aller passer une audition au Met de New York. Aujourd'hui je suis très heureuse de pouvoir vivre - et bien vivre - du chant. Je me trouve privilégiée.»

Quelques jours plus tôt, sur la scène de ce théâtre des Champs-Élysées, elle est quand même la vedette en titre, une impressionnante Médée coiffée à la Cléopâtre au milieu d'un décor contemporain. Au rendez-vous fixé pour l'interview, je l'aurais difficilement reconnue si elle n'était pas arrivée avec un quart d'heure d'avance dans un bistrot presque désert voisin de l'Opéra-Bastille: pas de maquillage, l'allure étudiante, vêtements plutôt baba cool. De Montmartre, où elle a loué un appartement pour l'automne, elle est venue en métro. Et elle repartira de même.

«Une bête de concours»

Elle n'a pas vraiment l'impression d'être enfin arrivée: «Je ne peux pas dire qu'il y ait eu un tournant dans ma carrière. C'est plutôt une accumulation d'événements.» Elle ajoute, comme si elle avouait un péché de gourmandise: «Les concours ont joué un rôle. Depuis l'âge de 20 ans, je suis une bête de concours: j'ai commencé par les plus petits, et après j'ai fait les grands.»

Son rang de finaliste aux célèbres Auditions du Met en 2005 n'a pas nui: «La sélection est régionale, alors je me suis inscrite dans la région des Grands Lacs, où je suis arrivée première. Ce qui me plaçait dans les 24 demi-finalistes. Puis j'ai fait partie des 12 lauréats, qui se produisent en concert avec l'orchestre.» Deux ans plus tard, elle décrochait un second rôle dans Iphigénie en Tauride, au Met, en compagnie de Placido Domingo et Susan Graham. Elle venait de mettre le doigt dans l'engrenage: «Il est sûr, dit-elle, que les directeurs d'opéra, notamment anglo-saxons, se parlent entre eux et voient ce qui se passe les uns chez les autres. Il y a un lien entre le concours du Met, ma prestation de Charlotte dans Werther à Sydney en 2009, et mes débuts à Covent Garden en 2011.»

Entre-temps, sa victoire en 2008 au concours international de la Reine de Belgique attire sur elle les projecteurs: «Elle est de loin l'interprète la plus intéressante, écrit un critique de Bruxelles, une artiste pleinement accomplie. Son Schubert est vraiment à pleurer: couleur, ton, sûreté vocale, diction, expression...» Elle avait déjà tenté sa chance en Europe, dès l'an 2000 à Avignon, mais sans lendemain. Aujourd'hui, on la sollicite pour des premiers rôles: Sesto dans la Clémence de Titus, en 2013 au théâtre de la Monnaie de Bruxelles, puis au Staatsoper de Vienne, Idmanate dans Idomeneo à Bâle, le Prince dans Cendrillon de Massenet au Liceu en 2014.

La critique

Elle fait désormais partie des chanteurs dont on commente les performances. Dans sa critique de Médée, Le Monde la classe dans «la fine fleur du chant français», mais la juge «un rien décevante». Elle est égratignée par Les Échos, qui par ailleurs démolit toute la production. Mais La Tribune estime qu'elle «campe parfaitement le personnage de Médée, avec sa voix profonde et dure». Quant au Figaro, il se répand en éloges; «Couplée à une grande présence, la voix cuivrée, aux reflets parfois étranges, de la jeune Canadienne Michèle Losier lui permet de camper une Médée impressionnante...»

La Montréalaise, moitié acadienne par son père qui continue d'avoir des engagements multiples et variés au Québec (OSM, Les Violons du Roy, le festival de Lanaudière, etc.), voit sa carrière pencher du côté de l'Europe. Cela ne tombe pas trop mal puisque son fiancé est un Français professionnel du théâtre: «J'étais établie à Bruxelles et je vis aujourd'hui dans mes valises, dit-elle. Je crois que nous allons nous installer en France. Pas à Paris, bien sûr, c'est tellement cher! Et puis je chante toujours dans les grandes villes et j'ai besoin de campagne. Nous irons sans doute dans le sud de la France.»

De toute façon, ce sera près d'un grand aéroport. La vie d'une chanteuse d'opéra ressemble aussi à celle d'une hôtesse de l'air.




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