Un événement musical attirait l'attention, hier, à Trois-Rivières: la création d'une nouvelle oeuvre d'André Gagnon et de Michel Tremblay par la contralto Marie-Nicole Lemieux, avec l'Orchestre symphonique de Trois-Rivières dirigé par Jacques Lacombe, à l'occasion d'un concert-bénéfice.

Mis à jour le 12 nov. 2012
Caroline Rodgers, collaboration spéciale LA PRESSE

La petite salle J. Antonio-Thompson était presque comble pour l'occasion. Avant d'en arriver à cette partie du concert, les spectateurs on eu droit à une interprétation énergique mais sans surprise de la Sixième de Beethoven, sans les reprises.

Force est de constater que la très jolie salle n'est pas idéale pour un orchestre symphonique. Par un étrange déséquilibre acoustique, le son des altos, placés à la droite du chef, rebondit sur l'intérieur gauche supérieur de l'arche de bois qui domine la scène. Plus fort que le son des violons, il semble provenir du plafond. On suppose que cette anomalie varie selon l'endroit où l'on se trouve.

Bicentenaire de Wagner oblige, on a mis au programme les Wesendonck Lieder. Dans une forme vocale splendide, Marie-Nicole Lemieux, vêtue d'une robe de satin gris argenté, y a démontré maîtrise et profondeur musicale. L'ambiance crépusculaire des poèmes a été bien rendue, brisée malheureusement par les quintes de toux incessantes d'un spectateur qui semblait sur le point de rendre l'âme au balcon.

Touchante correspondance

Après l'entracte a été présenté ce qui avait fait courir la foule. La nouvelle oeuvre d'André Gagnon, Lettres de Madame Roy à sa fille Gabrielle, est un cycle de six chansons sur des lettres de la mère de Gabrielle Roy à sa fille, imaginées par Michel Tremblay. En 1937, Gabrielle Roy part pour l'Europe et visite l'Angleterre. Les lettres racontent l'ennui et la tristesse que sa mère ressent face à cette séparation.

On connaît déjà bien le style d'André Gagnon: mélodies bien tournées, orchestrations soyeuses, usage rassurant des cordes en enchaînements harmoniques chaleureux. Dès les premières notes mélancoliques du prologue, sa griffe était reconnaissable. L'orchestration, vraiment réussie, était toutefois signée Gilles Ouellet, à partir de l'oeuvre composée par Gagnon au piano. Le chef a dosé les nuances avec doigté. Toutefois, la chanteuse a volé la vedette à l'orchestre en s'investissant avec tellement d'art et d'authenticité dans son personnage de mère qu'elle a enveloppé l'auditeur d'émotion. Habitée par la musique, elle a porté l'oeuvre sur ses épaules. Les paroles, d'une très grande simplicité, vont droit au coeur. À la fin du cycle, la chanteuse a semblé tellement bouleversée qu'elle a essuyé quelques larmes.

Seul le temps nous dira si l'oeuvre de Gagnon et Tremblay deviendra un «classique» du répertoire. On peut cependant affirmer que les auteurs ont su toucher des cordes sensibles. Avec une interprète de la classe de Marie-Nicole Lemieux, le duo vient d'assurer, du moins à court terme, le succès d'une oeuvre qui sera d'ailleurs enregistrée au cours des prochains jours.