Véronique Lacroix avait monté un spectacle intitulé L'Amour sorcier dès 1995 - et non 1996, comme elle l'écrit dans le présent programme. El Amor brujo, «ballet avec chant» de Manuel de Falla, occupait alors la première moitié du programme; après l'entracte, on jouait autre chose.

Publié le 20 sept. 2012
Claude Gingras LA PRESSE

Cette fois, et toujours dans la même salle Pierre-Mercure, la partition presque centenaire est morcelée en quatre parties, entre lesquelles on entend d'autre musique, soit trois pièces récentes de compositeurs d'ici. Le tout forme un spectacle de 74 minutes sans entracte.

Pour cette «reprise variée», l'Ensemble Contemporain de Mme Lacroix s'adjoint l'Appassionata de Daniel Myssyk pour constituer un orchestre de 37 musiciens que dirigent tour à tour les deux chefs. Le Falla - l'histoire d'une gitane que hante chaque nuit un ancien amant - est donné cette fois sans danseuse. On a plutôt choisi la formule d'images (nuages, flammes, oiseaux) sans cesse en mouvement, fort originales et souvent terrifiantes, projetées sur un rideau derrière lequel se dessine l'orchestre presque invisible.

Immobile dans sa robe rouge moulante, la jeune et mince mezzo Julie Boulianne assure la partie vocale avec une intensité que souligne son recours à la voix rugueuse et typiquement andalouse de cante jondo. La partition orchestrale de Falla est traduite avec la même richesse par les deux ensembles réunis. On regrette simplement qu'elle soit interrompue à trois reprises par des musiques sans lien avec elle. À la rigueur, Quimera, d'Analia Lludgar, n'est pas complètement étrangère au Falla : Julie Boulianne revient dans cette pièce lointainement inspirée par une visite à la maison du compositeur. Mais on s'explique mal la reprise des Nine Proverbs d'Ana Sokolovic, assortie de projections des textes décomposés. La troisième pièce, (RE)volution, d'Andrew Staniland, avec guitare électrique très amplifiée et éclairages rouges sang, est bruyante, peu originale et interminable, et provoque le départ de nombreux spectateurs.

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L'AMOUR SORCIER, fantaisie orchestrale avec grand écran. Ensemble Contemporain de Montréal et Orchestre de chambre Appassionata. Dir. : Véronique Lacroix et Daniel Myssyk. Solistes : Julie Boulianne, mezzo-soprano, et Tim Brady, guitariste. Mercredi soir, salle Pierre-Mercure.