«Le Ring est de loin l'aventure la plus signifiante dans laquelle puisse se lancer une maison d'opéra», reconnaît le directeur général du Metropolitan Opera, Peter Gelb, pendant une répétition de Das Rheingold, prologue de la Tétralogie de Wagner (Der Ring des Nibelungen) qu'il a confiée à Robert Lepage.

Publié le 27 sept. 2010
Alain de Repentigny LA PRESSE

Le Ring est en effet une oeuvre monumentale - quatre opéras qui totalisent une quinzaine d'heures - et peu de maisons d'opéra, sinon aucune, ont eu l'audace de programmer en ouverture de saison cette histoire inspirée des mythologies scandinave et germanique dans laquelle les dieux fraient avec les mortels à qui ils disputent l'anneau d'or garant du pouvoir ultime.

Ce nouveau Ring suscite d'autant plus la curiosité qu'il s'agit du premier créé depuis que Peter Gelb a pris la direction du Met en 2006 - le précédent, dans une mise en scène d'Otto Schenk, a fait salle comble pendant près de 25 ans - et que son metteur en scène est l'un des plus grands du monde, affirme Gelb sans hésiter une nanoseconde.

«L'histoire du Ring est fantastique et elle doit être racontée avec clarté et justesse, explique Gelb. L'aspect visuel est très important pour raconter une telle histoire, mais la plus grande erreur que commettent plusieurs productions modernes, et même de plus anciennes, c'est de sacrifier la trame narrative à une idée saugrenue. Robert n'a jamais fait ça.»

Gelb a repéré Lepage au théâtre il y a près de 20 ans et il a immédiatement été séduit par sa créativité. «Je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi imaginatif que lui, dit-il. Depuis cinq ans, on m'a montré des maquettes et des dessins, mais, quand je vois tous les éléments prendre forme, je suis témoin du côté alchimique ou métaphysique du théâtre: c'est à la fois de la magie, une surprise, un soulagement et une révélation.»

De gros sous

Le Ring, on l'a dit, est une énorme et lourde machine de scène qui s'installe au Metropolitan Opera au moment où on reproche à son directeur général de trop dépenser. Gelb refuse de divulguer le coût de cette production que le New York Times a estimé à 16 millions.

Il affirme toutefois que ces critiques tiennent d'une véritable incompréhension de l'économie de l'opéra et rappelle que, s'il a investi plus d'argent que ses prédécesseurs dans de nouvelles productions, il a également trouvé de nouvelles sources de revenus, dont la diffusion en HD et en direct des opéras dans un réseau mondial de salles de cinéma.

«Ça fait de bonnes manchettes dans les journaux de dire que le Met dépense beaucoup d'argent, mais, en affaires, il faut parfois dépenser pour faire de l'argent, renchérit Gelb. L'opéra ne sera jamais profitable, mais nous avons fait des dépenses pour créer les conditions propices à l'augmentation des ventes de billets et des dons.»

Un créateur qui sait compter

Heureusement, il a trouvé en Lepage et en sa compagnie Ex Machina des partenaires «extrêmement responsables» sur le plan financier. «Robert est un metteur en scène très pragmatique, sa compagnie l'est tout autant et ils ne font pas de demandes extravagantes, dit Gelb. Nos équipes collaborent très étroitement et nous sommes conscients de chaque cent que nous dépensons dans cette production. C'est certain qu'une production du Ring comme celle-là est plus dispendieuse que n'importe quelle autre production d'opéra, mais elle est pratique: le décor coûte cher, mais il va servir pour les quatre opéras. Quand on divise par quatre, ça ne coûte pas plus cher.»

Lepage lui renvoie l'ascenseur en rappelant que le Metropolitan Opera n'est pas un théâtre d'État: «Le Met est financé par des mécènes, dont certains siègent au conseil d'administration. Ils ne dictent pas à Peter Gelb quoi faire, mais ils lui suggèrent fortement des orientations. Il faut qu'il suive leurs conseils, mais aussi qu'il les guide et qu'il intègre leurs suggestions à une direction contemporaine, à l'image de ce qui se passe en opéra dans le monde. En Europe, il se passe des choses encore plus audacieuses, même dans les plus vieilles maisons d'opéra. Évidemment, c'est plus long quand c'est notre public qui signe notre chèque de paie», indique Lepage en étouffant un rire.

«L'opéra n'est pas un art qui a réussi à demeurer très populaire, ajoute le metteur en scène. Ça coûte cher et c'est associé à une certaine mondanité. C'est pour ça que Peter Gelb diffuse ses opéras en HD dans les cinémas. C'est sa façon de démocratiser l'opéra, de le redonner au public.»

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La première de Das Rheingold, ce soir à 18 h 45, sera diffusée en direct à la radio satellite Sirius (canal 78) et XM (canal 79) ainsi que sur le site web du Met (www.metopera.org).