Les 30 chanteurs retenus du 15e programme annuel des Jeunes Ambassadeurs Lyriques se succédaient à Pollack Hall mardi soir devant un auditoire peu considérable mais important pour eux, car il comptait sept directeurs de théâtres lyriques d'Europe (Strasbourg, Brême, Leipzig, Nuremberg, Erfurt, Amsterdam et Orvieto), en plus de quelques consuls généraux.

Claude Gingras LA PRESSE

Onze pays étaient représentés sur scène, dont le Canada avec 15 chanteurs, soit la moitié exactement. Tous pays confondus, les deux sujets les plus intéressants sont les Canadiennes Inga Filippova-Williams et Chantale Nurse et la Sud-Coréenne Jung Mi Kim.

 

Filippova-W. a dramatiquement nuancé sa grande voix en Marietta de la Tote Stadt de Korngold. La suivant de près, Nurse, robe rouge feu sur peau noire, conjuguait la voix et le geste de désespoir de la Serena de Porgy and Bess de Gershwin.

Belle à ravir, Kim a livré le grand air de La Cenerentola de Rossini dans une riche couleur de voix et une brillante virtuosité, avec des «rapido» bien plantés au grave mais aussi quelques écarts de justesse.

Quelques sujets très intéressants appartiennent à un genre un peu à part. Charlene Santoni grimace comme quelque terrifiante Reine de la nuit, avec des notes piquées tellement précises qu'on les dirait produites par ordinateur. Canadienne elle aussi, Julie Duerichen allie aigus éclatants et présence scénique, mais ces qualités servent le Candide de Bernstein, soit un répertoire bien particulier.

Également du Canada, Thomas Macleay, par sa tenue, son style et sa musicalité, fait passer une voix imparfaite et un décevant choix de pièce. Même problème vocal chez le Néerlandais Martijn Cornet: le timbre nasillard limite ce chanteur intelligent à certains emplois. De l'Estonie, Oliver Kuusik fait un Tchaïkovsky un peu démodé mais très émouvant. Hélas! il chante faux.

À un niveau un peu plus bas se retrouvent la plupart des autres. La Néerlandaise Laila Sbaiti remplace l'air annoncé par celui de Bellini que vient de chanter la Canadienne Catherine Affleck et, malgré une voix un peu dure, y révèle un style bel canto plus juste que chez l'autre.

L'Allemand Falko Hönisch compense une voix peu attrayante par sa présence et son intelligence musicale. Son compatriote Julian Orlishausen possède style et dignité, mais il a choisi un Wagner qui se ramène à un long récitatif. On aimerait l'entendre chanter.

Elle aussi dans son élément, avec Dvorak, la Tchèque Milada Kosinova dote le fameux air de Roussalka de la couleur voulue. Mais elle n'a aucune personnalité. L'Italienne Gaia Matteini projette une voix solide et timbrée oscillant entre deux dynamiques: fort et très fort. Le Chinois Yu Hua met tant de douceur et de raffinement dans l'air des Pêcheurs de perles qu'il tombe dans le maniérisme et provoque l'ennui (l'air entendu n'est d'ailleurs pas celui que donne le programme). De Chine encore, la minuscule Bing Bing Wang est fort jolie et sa toute petite voix l'est aussi, mais il n'y a là rien qui ressemble, même de loin, à la Comtesse mozartienne.

Chez Caroline Jang, la tessiture de Pamina se révèle trop haute pour cette voix aigrelette ayant tendance à détonner. Chez Takayuki Ito: voix de basse très ordinaire, Calunnia aux effets forcés. Sakiko Ninomiya chante Butterfly en costume, mais sans souplesse et sans chaleur. Chantal Scott fait peur, à voir et à entendre, mais son français est bon. Marc-Antoine D'Aragon a décidément très peu de talent et Shannon Hill-Coates n'en a pas du tout. Rien à dire sur les autres.

Le concert - trois heures dans une salle non chauffée - s'est terminé par le choeur à bouche fermée de Madama Butterfly réunissant les 30 chanteurs à l'avant-scène. Esther Gonthier et Jérémie Pelletier, exemplaires tous les deux, alternaient au piano d'accompagnement. La représentante du maire a demandé au public de «supporter» les artistes. Marie-Josée Lord est aussi venue au micro.

En fin de soirée, le jury a décerné une bourse de 2000 $ à Chantale Nurse et des prix de 1000 $ à Audrey Larose Zicat, Caroline Jang et Inga Filippova-Williams.

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JEUNES AMBASSADEURS LYRIQUES. Concert annuel, mardi soir, Pollack Hall de l'Université McGill.