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Clément Jacques: un été indien

Une rupture amoureuse et deux années un peu... (Photo: Alain Roberge, La Presse)

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Une rupture amoureuse et deux années un peu trash ont conduit Clément Jacques à revoir sa façon d'enregistrer.

Photo: Alain Roberge, La Presse

Au mois d'août 2013, le Montréalais d'adoption Clément Jacques a pris la poudre d'escampette pour rejoindre le camp de chasse de son défunt grand-père, près du lac du Rat musqué, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, loin de toute civilisation électrifiée. Dans la voiture: une basse, une batterie, des guitares électriques, du matériel d'enregistrement loué et, pièce maîtresse du projet, une génératrice au gaz. Sur le siège passager: Creg Bonnier, dont le métier de sonorisateur allait prendre tout son sens.

«Les premiers jours, on les a passés à installer la génératrice près de la shed à bois et à l'insonoriser. Elle faisait un bruit de malade, et on devait la relier aux instruments à l'intérieur du chalet», raconte Clément Jacques devant son local de répétition, rue Dandurand à Montréal, tandis que ses chiens un pinscher nain et un chihuahua jappent et s'agitent dans la voiture.

Complètement isolés pendant un mois, sinon pour aller acheter un peu d'eau potable, «de la bouffe et beaucoup de bière», les deux acolytes se sont mis au boulot, avec quelques pauses pour tirer du gun, «caler du Jack» et communier avec la nature.

Préalablement, aucun carnet griffonné, zéro mélodie en tête, nulle direction précise.

Dans l'urgence, Clément Jacques s'est imposé de longues heures à faire trembler les cordes de sa guitare, parfois seul devant le lac, jusqu'à ce qu'une mélodie prenne forme, augmentée ensuite par la batterie et la basse, puis le texte, «toujours en dernier».

Tous les trois ou quatre jours, une chanson était «crachée» dans les profondeurs du Saguenay. Le mixage, lui, a été fait par Fab Dupont (Shakira, The Knocks) dans un tout autre environnement, à New York. «Étant donné le contexte, il a été agréablement surpris de la qualité de l'enregistrement. L'album sonne super bien.»

Une expérience unique

Il y a lieu de se pincer deux fois à l'écoute du résultat, Indien, hommage à la nature et aux racines autochtones de son grand-père. Une première fois lorsque les sons de guitare électrique lourds et saturés de l'intro, Ushket, s'étirent jusqu'aux derniers fracas de batterie sur la dernière pièce, Ushpik. Du grunge!

S'y lancer à fond, aujourd'hui, en français et au Québec, est courageux. Clément Jacques peine à nommer des influences grunge - «J'écoute la radio, mes amis me font écouter plein de choses, mais sinon, je n'écoute pas beaucoup de musique» -, et donc à savoir ce qui l'a mené vers ce genre, outre l'instinct.

Deuxième raison de ne pas en croire ses oreilles: le géniteur de cet ovni est le même qui, deux ans plus tôt, larguait les amarres de sa carrière francophone il avait déjà fait paraître un disque en anglais avec Maréographe, un album folk-pop au fort potentiel commercial. Que s'est-il donc passé pour que la bête fragile et amoureuse se transforme en chasseur de sons bruts sans merci? Une rupture amoureuse, deux années un peu trash et un grand besoin de défoulement. «J'avais envie d'ouvrir les valves, de jouer fort», explique Clément Jacques, sibyllin derrière ses lunettes fumées et dans son accoutrement noir.

Les thèmes sont aussi marqués par cette fuite en avant. Sur Tiroir comme sur L'homme que j'étais, l'auteur-compositeur chante les vestiges d'une vie bordélique, à partir desquels il doit reconstruire.

La force de La voix

Le nouvel univers de Clément Jacques jure avec celui de La voix. Pourtant, grâce à cette émission de variétés aux cotes d'écoute deux fois millionnaires, l 'artiste a vu sa chanson Ariane renaître de ses cendres.

La pièce, vieille de trois ans, a rapidement atteint la deuxième position parmi les chansons francophones les plus téléchargées sur iTunes, après qu'un participant l'eut propulsée au petit écran. «Je ne suis pas très concours et ce n'est pas mon public, mais, en même temps, je ne peux pas empêcher quelqu'un de jouer mes tounes

Ceux qui se procureront Indien sur la base de cette prestation risquent d'être déstabilisés. Le potentiel commercial de la nouvelle offrande n'est pas compromis pour autant. À preuve, le premier extrait, Manège, tourne à la radio. Cela signifie, selon le chanteur, que les auditeurs «récompensent l'authenticité».

Ses chiens, qui n'ont pas cessé de japper, s'impatientent, et il est temps que leur maître aille les retrouver dans la voiture. Cette voiture qui, d'ici deux ans, reprendra la route pour l'enregistrement d'un quatrième album, assure Clément Jacques. «L'isolement, la perte d'équilibre, c'est payant.»




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