Trois ans après un concert aux FrancoFolies, Rachid Taha revient présenter son très bon nouvel album Zoom à Montréal, chemin faisant vers le festival Rythmes du monde de Saguenay. Conversation sur le thème de l'identité.

ALAIN DE REPENTIGNY LA PRESSE

«J'étais en Afghanistan, je faisais du tourisme, lance Rachid Taha au bout du fil. Ce ne sont pas des vacances reposantes, mais, au Canada, ce n'est pas reposant non plus.»

C'est une blague, évidemment. L'artiste français d'origine algérienne, qui pratique le métissage musical avec plus de bonheur que plusieurs de ses contemporains, a franchement hâte de revenir au Québec où il compte des amis.

Il a hâte de chanter à Montréal où on ne l'a pas vu depuis les Francos de 2010, mais encore plus hâte de découvrir Saguenay où il sera la tête d'affiche du festival Rythmes du monde, le temps d'un concert gratuit rue Racine.

Saguenay n'est pas peu fier de sa prise. Rythmes du monde avait l'oeil sur lui depuis 2008, écrivait récemment le collègue Daniel Côté du Quotidien. Taha se dit «très ravi» d'apprendre qu'il est attendu dans ce coin de pays isolé géographiquement qui a donné au Québec quantité de créateurs, une région moins métissée que la grande ville de Montréal et pourtant ouverte sur le monde, comme en témoigne ce festival.

«Tous les immigrés sont des gens isolés, dit-il. Pour moi, ce sont des gens immigrés de l'intérieur. Et moi, je suis content de venir les voir en tant qu'immigré de l'extérieur.»

Tous d'ailleurs

L'identité est plus que jamais au coeur de son plus récent album, Zoom. Il y reprend d'ailleurs son succès d'il y a 20 ans, Voilà voilà, mais sur un mode plus rock, plus rageur que celui, dance, qui avait conquis jusqu'aux DJ britanniques à l'époque. Cette chanson dénonciatrice du racisme ambiant est plus que jamais d'actualité, estime son auteur.

«Une personne sur trois en ce moment, en France, vote Front national, explique-t-il. Donc, c'est ma manière de rappeler que l'étranger n'est pas responsable de tout et qu'il faut arrêter de le montrer du doigt. Ma colère, même si elle est en couleur, est encore là. Partout dans le monde, même au Canada, il faut faire gaffe: on est tous des immigrés au départ, on est tous d'ailleurs. Et donc moi je dis: "Ça suffit, arrêtez, le problème c'est le capitalisme." Pour moi, ce qu'a fait Goldman Sachs est un crime contre l'humanité.»

Ses potes anglais

Cette nouvelle mouture de Voilà voilà a rassemblé en studio des amis de Rachid Taha, dont les Anglais Brian Eno et Mick Jones qui sont des collaborateurs fréquents de l'artiste français.

«Eux aussi ressentent la même chose en Angleterre et ils avaient envie d'en parler. Brian Eno, c'est vraiment mon pote, comme Mick Jones qui joue avec moi chaque fois qu'il le veut dans les concerts, ou Robert Plant qui m'a présenté Justin Adams, le réalisateur de mon album. Ce sont des mecs très cultivés. D'ailleurs, Brian Eno apprend l'arabe et Robert Plant et Justin Adams le parlent un peu. C'est un peu mes Laurence d'Arabie.»

Taha estime que ses chansons sont une manière de rappeler à certains de ses compatriotes d'où viennent les Arabes qui font partie de la réalité française. «C'est mon printemps à moi», dit-il.

Il compare le Printemps arabe à la chute du mur de Berlin, en 1989: «Les Arabes sont en train de se réveiller. Quelle que soit leur idéologie, il y a une véritable envie de changement. Je pense que les citoyens doivent se donner la main pour faire changer le monde.»

Sur Zoom, Taha rend hommage à la diva égyptienne Oum Kalthoum, dont la poésie a donné envie au jeune immigrant qu'il était d'apprendre l'arabe, ainsi qu'à Elvis, dont il reprend, en duo avec la chanteuse Jeanne Added, la chanson It's Now or Never, sa version de la chanson napolitaine O Sole Mio.

«Mon disque, j'aurais pu l'appeler De Memphis à Memphis, la ville d'Égypte et celle des États-Unis. Je voulais marier Oum Kalthoum avec Elvis Presley. Voilà.»

> Rachid Taha, à l'Olympia de Montréal le 29 juillet et au festival Rythmes du monde de Saguenay le 31 juillet.