Inventeur du style «ragganga» et auteur de deux albums, Bélo est une des plus grosses stars haïtiennes. Engagé jusqu'à la moelle, le chanteur sera à Montréal ce soir, après un détour par Haïti qui l'a laissé sans voix...

Jean-Christophe Laurence CYBERPRESSE

La Presse: Bélo, on vous présente comme un chanteur haïtien engagé. Pourquoi avoir choisi la voie du militantisme?

Bélo: «Par nécessité. Parce que je sentais le besoin de dire et de changer les choses. Parce qu'on ne peut pas rester indifférent. Et parce que j'ai grandi en écoutant Bob Marley, Tracy Chapman et Boukman Eksperyans, des artistes avec un message.»

Q: Qu'espérez-vous changer en Haïti?

R: «Les inégalités sociales. Il y a un trop grand fossé. Mais aussi la violence, les enfants de la rue, la transmission du VIH. Ça peut prendre du temps. Il faut seulement de la patience et de la détermination.»

Q: Pourquoi vouloir passer votre message en créole?

R: «Mon premier public est en Haïti. Je dois m'exprimer dans la langue qui est parlée par la majorité. Je pense que ma musique n'aurait pas la même raison d'être si les Haïtiens ne comprenaient pas. On est le plus grand pays francophone des Antilles mais il ne faut pas nier notre langue première. Et puis chanter en créole, ça me permet d'attirer l'attention sur notre culture. Ça ne m'empêche pas d'être entendu à l'étranger,. La musique est universelle.»

Q: Le «Bob Dylan haïtien», Manno Charlemagne, est passé de la chanson politique à la politique tout court. C'est une option qui vous tente?

R: «Pas du tout. Je ne veux pas dire que Manno a fait une erreur, mais moi, ce n'est pas mon truc. Quand tu fais de la politique, il faut que tu choisisses un camp. Moi, mon message est neutre. Il s'adresse à tout le monde.»

Q: Question apolitique alors: comment avez-vous vécu le tremblement de terre en Haïti?

R: « J'étais en Guadeloupe quand c'est arrivé. Je suis en résidence à Paris depuis. Je ne suis retourné là-bas que la semaine dernière. J'avais tout vu à la télé et je me sentais psychologiquement prêt à affronter la réalité. Ça n'a pas été le cas. Quand je suis arrivé, les trois premiers amis que j'ai appelés étaient tous morts. J'ai eu le premier choc à retardement. J'en ai perdu ma voix.»

Q: Selon vous, qu'est-ce que ce drame va changer dans l'industrie musicale haïtienne?

R: «Le bon côté, c'est qu'on sent un grand mouvement de conscientisation. Le moins bon côté, c'est qu'il n'y a aucune activité dans le milieu depuis. Les gens ne sortent plus. Ça plonge les artistes dans le chômage. Beaucoup ont été obligés d'aller se produire à l'extérieur. C'est un peu mon cas. Ça nous permet de participer à notre manière. J'ai fait 25 concerts de solidarité depuis janvier.»

Q: Musicalement, comment décrivez-vous votre musique?

R: Au début, on m'associait au reggae. Mais je préfère dire que je fais du ragganga, C'est un mélange de reggae, de rock, de blues, de pop, de folk et de musiques traditionnelles haïtiennes, comme le rara et le vaudou. Je ne veux surtout pas me caser. Si je dois faire de l'opéra pour mieux faire passer mon message, je le ferai!»

Q: Au Québec, on vous connaît peu. Mais en Haïti, vous êtes très connu. Faut-il vous décrire comme une star?

R: «J'ai beaucoup lutté pour ne pas en arriver là. L'objectif était de créer un personnage crédible, social. J'habite toujours le quartier de mon enfance. Je ne conduis pas de voiture sport. Je n'ai pas de garde du corps. J'ai tout centré sur la musique et le message. Je ne voulais surtout pas devenir Michael Jackson!»

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Ayiti Pap Mouri (Haïti ne mourra pas) avec Bélo, Wesli et Vox Sambou, ce soir au Théâtre Telus.