Reportons-nous un instant au festival MUTEK 2002. Ghislain Poirier abandonne l'expérimentalisme ambiant au profit de gras beats hip-hop. On découvre le talent du Mexicain Murcof. Un certain Ricardo Villalobos fait tournoyer les vinyles. Et Marc Leclerc arrive en héros avec les chansons de My Way, son premier album, paru sur Force Inc.

Philippe Renaud, collaboration spéciale LA PRESSE

La bombe! My Way allait définir son époque : le style dit «microhouse», un house funky confectionné à partir de centaines de minuscules échantillons sonores, allait être imité, copié, par ses pairs.

Une forme de consécration, quoi, non seulement du travail de l'un des cols bleus de la scène électronique montréalaise, mais de l'ensemble de ses acteurs.

«MUTEK a beaucoup aidé les artistes canadiens, dont moi, à rayonner à l'international, affirme Leclerc. En contrepartie, le succès des artistes d'ici hors de nos frontières a aussi bénéficié au festival, qui a su mériter ses lettres de noblesse.»

«Avant MUTEK, poursuit-il, la communauté ne pouvait compter sur aucune infrastructure.

«Sans MUTEK, nous serions tous encore en train de passer nos journées à faire des jobbines», ajoute, le musicien. C'est, grosso modo, ce qu'il faisait lui-même avant de définir sa signature sonore.

Alors qu'on souligne le 10e anniversaire de MUTEK, force est d'admettre que le visage de la scène électronique locale a beaucoup changé. Une grande partie de nos créateurs ont quitté la métropole, privilégiant l'Europe - et l'Allemagne, surtout - pour continuer à se développer, là où le marché est plus grand et le bassin de créateurs plus importants. Pas Akufen, qui reconnaît cependant la nécessité qu'ont ressentie ces artistes d'aller voir ailleurs, «comme Riopelle ou Félix Leclerc l'ont fait, d'ailleurs. Moi, j'ai un attachement particulier à Montréal. J'ai voyagé beaucoup, j'ai habité ailleurs, mais je suis toujours parti pour revenir. M'immerger dans un bassin de culture où tout le monde fait la même chose que toi, ça ne m'intéresse pas.»

Quoi de neuf?

Alors, qu'advient-il d'Akufen depuis My Way? Hormis un album mixé pour le club (et le label anglais) Fabric, en 2004, et l'album ambiant Musique pour 3 femmes enceintes, lancé sous son vrai nom en 2006, peu de vagues. «Je n'ai jamais senti cette nécessité d'être toujours visible», se justifie Leclerc, qui a néanmoins beaucoup tourné en tant que DJ.

Leclerc et ses amis ont lancé un label, Musique Risquée, et une poignée de titres sous le nom d'Akufen. «Je travaille aussi beaucoup sous le nom Horror Inc., qui me permet d'explorer un genre que je qualifierais de «cinématique». La musique de film, comme le jazz - il suit des leçons de piano et doit retourner à l'université en musique - nourrit aujourd'hui sa création. «J'ai senti que, parce que My Way a eu un tel impact, parce qu'on a émulé ma signature, ça devenait difficile pour moi de refaire la même chose. Je n'ai jamais eu, de toute façon, l'intention de refaire la même chose.»

Akufen est loin d'être oublié. Il y a quelques mois seulement, le pseudonyme réapparaissait sur le mini-album remixé d'Ariane Moffatt, aux côtés du titre La fille de l'iceberg, suave et délicate relecture du succès de la chanteuse pop. «Ça faisait longtemps que je n'avais rien fait avec Akufen depuis...»

Un album dans les cartons? «Ça s'en vient - pour Akufen, et pour Horror Inc.» En concert de clôture, le 31 mai, Akufen sera la tête d'affiche d'une Soirée canadienne. Toute la «famille» sur une même scène pour rendre hommage à MUTEK. Que de nouvelles compositions, offertes live, par Akufen. «Je suis un peu nerveux», conclut-il.