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Omnikrom: du rap vulnérable

Le groupe Omnikrom... (Photo: Martin Chamberland, La Presse)

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Le groupe Omnikrom

Photo: Martin Chamberland, La Presse

Philippe Renaud
La Presse

Le trio électro-pop-rap Omnikrom revient avec Comme à la télévision, un deuxième album «plus personnel», introspectif, réalisé par le prometteur duo Megasoid. Rencontre avec les rappeurs Jeanbart et Linso Gabbo, et leur producteur Figure8.

Vous avez bien lu. Omnikrom, plus personnel, introspectif, vulnérable. Ce sont eux qui le disent.

De la part de ces irrévérencieux lauréats d'un prix Félix (album hip-hop en 2008) qui chantaient «Omnikrom, on est des hustlers/On ferait d'l'argent même avec ta soeur/En fait, on l'a déjà usée/Oui dans tous les sens que tu peux penser» (Achète-moi, tirée de Trop banane), voilà qui est pour le moins étonnant.

 

«On est capables de parler de nos émotions», confie Linso Gabbo - celui que les groupies «trouvent cute», dit son comparse Jeanbart pour le taquiner. «On est capables de faire des chansons sérieuses. Sur l'album, on parle de la peur, la peur des autres et de nous-mêmes.»

Jeanbart l'interrompt: «Les gens, et nous aussi, sont aujourd'hui un peu moins enclins à ne penser qu'au plaisir, comme c'était le cas à l'époque de Trop banane», l'album qui a révélé Omnikrom au public il y a deux ans.

Ce disque s'est vendu à plus de 8000 exemplaires - un résultat plus qu'honorable qui a permis aux gars de laisser leur job de jour pour donner des concerts partout en province, et même en France, en Suisse et en Belgique. «Mais Comme à la télévision nous ressemble davantage, ajoute Jeanbart. On se questionne sur nous: où est-ce qu'on s'en va, qu'est-ce qu'on fait de notre vie, qu'est-ce que les gens pensent de nous...»

Exit la polémique

Où s'en va Omnikrom? Du côté croustillant du rap... d'un strict point de vue musical. En tout cas, il s'éloigne de la polémique: si on compare avec Trop banane ou ses plus anciennes chansons (mini-albums Pouliche Magique et 24 Pouces Glacés), le groupe évite les formules-chocs, évacue le discours hyper-consumériste et fait preuve de discernement dans le choix des mots.

Ce n'est pas de la censure, d'autant plus que le groupe a souvent refusé de débattre de ses textes (Gabbo: «Pour nous, c'est juste drôle.» Jeanbart: «C'était tellement énorme ce qu'on racontait, on ne s'attendait pas à que ce soit pris au sérieux.») Au fond de leurs pensées de nouvelles pop stars franchement étonnées d'en être arrivées là, il y a ces jeunes fans qui ont adopté le groupe en cours de route.

«Au début, nos fans, c'étaient les hipsters de Montréal, raconte Gabbo. Aujourd'hui, c'est plus varié. Lorsque MusiquePlus s'est mis à faire tourner nos clips, d'autres fans nous ont découverts, en régions beaucoup. Le public a rajeuni aussi. À chaque concert, on voyait les jeunes arriver en masse.»

Un disque à trois

On s'imagine très bien les cours d'écoles secondaires vibrant aux grooves d'Omnikrom, qui devaient faire compétition à Sir Pathétik, n'est-ce pas? Les deux rappeurs n'osent l'admettre, mais le producteur Figure8, assis tranquille devant moi, fait mine que oui en retenant son rire.

«Pour la première fois, on a vraiment fait un disque à trois, dit Figure8. On s'est enfermés dans un chalet, on a tout composé, puis on a retravaillé avec Megasoid», le duo formé de Sixtoo et Hadji Bakara de Wolf Parade. Judicieux choix de réalisateurs. Le cachet électro acidulé de Megasoid convient bien à cette collection de chansons aigres-douces auxquelles collaborent Coeur de Pirate (sur la bonne et très pop Dans tes rêves), Hugo Mundie de The Sainte Catherines (sur Vedettes, la plus salace du disque) et les beatmakers Ghislain Poirier, Le Matos et TEPR.

«Les gars de Megasoid ont de l'expertise dans la manipulation sonore, précise Figure8. Leur son est différent du nôtre, mais ils ont su décoder ce qu'on voulait faire.» Jeanbart: «Il a fallu qu'ils retravaillent ce qu'on avait déjà fait. Le son de la basse, par exemple, ils sont capables de faire sonner ça différemment.»

Au final, Omnikrom surprend, tant sur le plan des textes que de la production. Le groupe, qui se déclarait immortel et meilleur que tous, montre qu'il est vulnérable, assume sa puérilité, questionne sa propension à la procrastination, tout ça sur des rythmes encore plus dance, surtout plus audacieux que sur Trop banane.

«Omnikrom évolue vers le mieux, selon nous, dit Jeanbart. Ça fait deux ans ou presque qu'on en vit, on espère que ça va durer.»

 




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