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Le chant du Champion

L'opéra Champion, à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place... (Photo Olivier Jean, La Presse)

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L'opéra Champion, à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts.

Photo Olivier Jean, La Presse

La PresseNATALIA WYSOCKA 3/5

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NATALIA WYSOCKA

Collaboration spéciale

La Presse

C'est une histoire qui parle de boxe, mais comme bien des histoires de boxe, c'en est une qui parle de tant d'autres choses encore. De pardon, de rédemption, d'acceptation, de confrontation avec autrui, de confrontation avec soi, de souvenirs que l'on souhaite effacer et de ceux que l'on chasse sans arriver à les attraper. Présenté à l'Opéra de Montréal, Champion reste en mémoire.

Assis sur son lit, un vieil homme tient un soulier. Et se demande quoi en faire.

D'emblée, il faut accepter la convention de la répétition qui rythme la composition. «Où est mon soulier? Où est-il allé? Ceci est mon soulier. Mon soulier est ici. Où va mon soulier? Il va où il va. Mon soulier va où je suis censé aller. Où est mon soulier?»

La question Where does it go? (sous-entendu: le soulier toujours) se meut peu à peu en Where do I go? Car l'homme qui chante est perdu, désorienté. Sa place à lui, dans le monde, et qui il est vraiment, il le cherche toujours.

C'est avec force émotion que la basse américaine Arthur Woodley incarne le regretté boxeur Emile Griffith dans ses vieux jours. Un homme souffrant d'encéphalopathie traumatique chronique. Un homme encore hanté par son face à face avec Benny Paret, son troisième. Celui qui s'est tenu le 24 mars 1962 au Madison Square Garden, après que son opposant lui a lancé une insulte homophobe, et qui s'est soldé de façon tragique.

La musique de cet opéra créé à St. Louis en 2013 est signée par le trompettiste Terence Blanchard. Le compositeur a du vécu: il a fait partie des Jazz Messengers d'Art Blakey et a signé un tas de bandes-sons pour Spike Lee, à commencer par Jungle Fever, en 1991. Il vient d'ailleurs d'être nommé pour la première fois aux Oscars grâce à son boulot sur BlacKkKlansman.

Il propose un mélange de jazz, d'opéra, de funk, de blues, joué ici par l'Orchestre symphonique de Montréal. Parfois, ses compositions explosent d'énergie. À d'autres moments, elles semblent légèrement manquer de mordant. 

Cela dit, pendant l'entracte, on a vu un spectateur parcourir le parterre de la salle Wilfrid-Pelletier en cherchant son siège et en chantant d'une voix de baryton, à l'image du personnage d'Emile: «Where dooo I goooo?» Comme quoi, la musique reste en tête.

C'est une histoire qui parle de boxe, mais... (Photo Olivier Jean, La Presse) - image 2.0

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Photo Olivier Jean, La Presse

Notons ici que certains passages du livret, rédigé par le Prix Pulitzer Michael Cristofer, étonnent par leur grande - trop, peut-être - simplicité. Par exemple, lorsqu'Emile confond «boxe», le sport, et «box», la boîte. Comme dans les «boîtes à chapeaux». Car avant de vivre dans le ring, l'homme fabriquait des chapeaux pour femmes. Ici, «hat» rime beaucoup avec «baseball bat» et souvent avec... juste «hat».

Parlant de mots, Champion débute par un avertissement de «langage vulgaire». On imagine que tous ne s'attendent pas forcément à entendre une contralto (Meredith Arwady dans ce cas-ci) prier de s'il vous plaît shut your face et chanter fuck me sideways.

Bon flash : tout au long de l'opéra, un animateur dans le coin droit annonce les pugilistes dans le coin gauche. Et livre des réflexions que doivent se passer certains spectateurs. «Eh bien. En voilà une histoire triste. Moi qui étais venu ici pour les combats de boxe!»

Lesdits combats, connus pour être extrêmement difficiles à mettre en scène, le sont ici avec doigté par James Robinson, qui réplique le tout au ralenti - 1er round, 7e round, 12e round, le final, le fatal.

La séquence de mariage aussi est réussie, avec cette seconde de pose que prennent les invités et les époux, le temps d'une photo, clic. Puis le lancer du bouquet et les bulles de champagne qui pétillent sur les deux panneaux arrière. Des panneaux qui, tout au long, ajoutent au décor. On y voit tour à tour la devanture des complexes brun-beige où réside un Emile âgé, les arbres décharnés, les titres des journaux annonçant les combats et leurs résultats. Les rues animées qui se fondent, sur scène, aux néons, à la nuit, au jazz feutré.

Soulignons pour conclure la belle performance du jeune soprano montréalais Nathan Dibula et celle, excellente, de la mezzo-soprano canadienne Catherine Daniel qui incarne cette mère qui ne reconnaît pas son fils, que ce dernier accuse d'abandon, et qui, dans une aria superbe, raconte les épreuves l'ayant menée à laisser ses enfants derrière elle.

En somme, un opéra un tantinet déstabilisant, original, différent.

* * * 1/2

Champion. Musique: Terence Blanchard. Livret: Michael Cristofer. À la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, jusqu'au 2 février.




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