Une fois par an, dans leurs improbables costumes de scène à paillettes, les Sweet Adelines débarquent dans la petite cité balnéaire d'Ocean City (Maryland, nord-est des Etats-Unis) pour leur compétition annuelle de chant.

Virginie Montet AGENCE FRANCE-PRESSE

Ces adeptes du Barbershop, un style de chant a cappella à quatre voix typiquement américain, ne passent guère inaperçues lorsque 1.200 d'entre elles envahissent les rues de la ville vêtues de tuniques de rayonne fluo et de robes de satin à frou-frou qui évoquent l'âge d'or de l'Amérique des années 50.Partout aux Etats-Unis se tiennent chaque année des compétitions régionales et nationales de Barbershop, au masculin comme au féminin, opposant chorales et quartettes pour des ballades et des morceaux harmonisés à quatre voix dans des répertoires empruntés au jazz, à Broadway, à la chanson folk et populaire, voire aux chansons comiques.

«C'est vraiment une expérience à la fois bizarre et enrichissante de voir ces centaines de femmes, la plupart d'âge mûr, qui adorent chanter, se métamorphoser à grands renforts de faux cils, de cheveux laqués et de diamants fantaisie et investir la scène», décrit Joanne Diamond. La cinquantaine, elle est choriste depuis quatre ans au sein du Capital Accord Chorus, une chorale de Barbershop de Silver Spring, dans la banlieue de Washington.

«On se serre dans des chaussures qui font mal aux pieds, on enfile des gaines pour que rien ne dépasse et on devient des +divas du show+», assure-t-elle, excitée à l'idée de passer sur scène devant des juges pour une ballade de Gershwin.

La discipline musicale du Barbershop est née chez les barbiers noirs au début du XXe siècle. Des quatuors masculins harmonisaient des chansons populaires à quatre voix, le «lead» chantant la mélodie, le ténor harmonisant au-dessus, la basse conduisant le rythme et le baryton complétant l'accord.

La caractéristique du Barbershop est de parvenir à produire le son harmonique d'une cinquième note, physiquement créé par la somme des fréquences des quatre autres voix.

Récupérée par les Blancs après la guerre, l'harmonisation a capella est devenue une solide tradition américaine, codifiée et chapeautée par deux grandes associations internationales, la «Barbershop Harmony Society» pour les hommes et les «Sweet Adelines» pour les femmes.

«C'est probablement une des premières formes originales de musique américaine. C'est une harmonie à quatre voix, vous n'avez pas besoin de piano, juste un diapason, vous orchestrez votre voix et c'est formidable !», résume Loïs Murdoch, 74 ans, adepte du Barbershop depuis 46 ans et qui fait partie d'une formation de 110 choristes, Greater Harrisburg, gagnante cette année d'un championnat du nord-est du pays.

Ni trémolo, ni fioriture, ni accent ne sont permis dans le Barbershop afin d'atteindre l'«accord sonnant» (the «ringing chord»), ce phénomène acoustique né d'une parfaite synchronie.

«Costumes, uniformes, apparences, chorégraphies sur les gradins, tout converge vers un seul but, l'unité du son», explique Maria Philip, choriste de Barbershop depuis 12 ans.

Un film documentaire sorti aux Etats-Unis le mois dernier, «American Harmony», relate ces compétitions entre quatuors à la recherche du son harmonique, le «graal» du barbershoper.

La discipline a essaimé depuis en Allemagne, en Angleterre, en France, en Australie et en Scandinavie et certaines chorales étrangères ont été récemment primées aux Etats-Unis, comme les Stockholm City Voices de Suède ou l'immense formation canadienne North Metro de Toronto qui compte 189 membres de 21 à 89 ans.