Le dernier disque d'Alain Lefèvre le présente comme chambriste dans l'une des dernières étapes (sinon la dernière) de sa longue et louable «opération André Mathieu». On l'entend ici avec son frère David, violoniste, et le Quatuor à cordes Alcan dans le programme qui, présenté le 16 juillet dernier à Lanaudière, recevait récemment le prix Opus dans la catégorie «Concert de l'année - régions».

Mis à jour le 19 févr. 2011
Claude Gingras LA PRESSE

L'enregistrement, réalisé par Analekta quelques jours après le concert, groupe deux oeuvres à peu près inconnues de Mathieu, le Trio pour piano et cordes et le Quintette pour piano et cordes, ainsi que le célèbre Concert op. 21 pour piano, violon et quatuor à cordes de Chausson. (La Ballade-Fantaisie pour violon et piano, op. 27, de Mathieu, ouvrait le concert de Lanaudière mais ne figure pas ici puisqu'on la trouve déjà sur un disque de 2008 des frères Lefèvre.)

Datant respectivement de 1949 et 1953, ces deux oeuvres d'un Mathieu dans la jeune vingtaine sont richement conçues pour les instruments réunis, pleines d'épisodes contrastants (bien que chacune ne compte que deux mouvements) et sont indiscutablement le fait d'un créateur qui sait écrire et a quelque chose à dire. En fait, il y a là plus d'originalité que dans les oeuvres concertantes que Lefèvre nous a servies précédemment. Les harmonies et couleurs ravéliennes du Trio ne gênent pas, surtout chez un compositeur de 20 ans. Le mélodieux et quasi orchestral Quintette révèle cependant une personnalité plus forte et plus vraie.

Le disque est complété par l'immense Concert de Chausson, sorte de concerto de chambre en quatre mouvements pour piano, violon et quatuor à cordes où les six instruments sont traités en de multiples et ingénieuses combinaisons. Alain Lefèvre, principal soliste et pour ainsi dire chef d'orchestre, déploie une virtuosité toujours au service de l'expression et entraîne ses coéquipiers dans une irrésistible aventure conjuguant passion et rêverie.

Cette version du Chausson est l'une des meilleures du catalogue. Ce qu'il y a ici d'extraordinaire, c'est que les deux Mathieu sont joués avec le même total engagement. Seule réserve: quelques très légers écarts de justesse chez le premier-violon du Alcan dans le Trio.

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ALAIN LEFÈVRE, pianiste, DAVID LEFÈVRE, violoniste, QUATUOR ALCAN: MATHIEU, CHAUSSON

Analekta, AN 2 9286