Il possède déjà un nom, mais il doit maintenant se faire un prénom : Kirá, fils de Manu Chao, fait sa première tournée au pays depuis la fin du mois de juin. Après avoir joué à Tadoussac, à Port-Alfred et jusqu’en Colombie-Britannique, il est l’invité du Festival international Nuits d’Afrique, ce mardi.

Le fils de…

On a vu quantité de « fils de » se lancer en musique au fil des ans. Il y en a qui profitent à plein de la notoriété de papa, comme Joey Sumner (fils de Sting), dont le trio a joué en première partie de The Police, en 2007, d’autres qui tentent d’éviter le sujet, comme le fils de Bono, Elijah Hewson. Kirá ne fait comme ni l’un ni l’autre. Il se présente seulement sous son prénom, éludant son célèbre patronyme, tout en sachant pertinemment ce qu’il doit à cette filiation. « Je suis privilégié du fait que [mon père est célèbre]. Sans ça, je ne serais pas au Canada », reconnaît le jeune musicien, qui s’est notamment produit sur scène avec son père à La Boule Noire de Paris, en 2017 (voir la vidéo ci-dessous). Une telle filiation peut aussi être lourde à porter, ajoute-t-il, laissant entendre qu’elle ne suscite pas que des réactions positives. « J’essaie d’être moi-même, dit-il simplement, et de faire mes propres affaires. »

Enfant du Brésil

Kirá est né à Fortaleza, grande ville du Nordeste brésilien, au tournant des années 2000. Sa mère et lui se sont installés à Brasília à l’orée de son adolescence. Il vit toujours dans la capitale du Brésil, ville créée à dessein pour être le siège du gouvernement et inaugurée il y a 64 ans seulement. Ce qui a une influence importante sur sa scène musicale, selon Kirá. « C’est une ville jeune, où vivent des gens venus de partout au pays, raconte-t-il. Ma génération est l’une des premières à grandir et à vivre à Brasília. Cette ville est comme une page blanche, on a l’espace pour créer quelque chose de neuf et d’unique avec des influences et inspirations venues de partout au pays. »

L’appel de la musique

Ses premiers souvenirs musicaux, Kirá ne les relie pas à son père, mais plutôt à son grand-père maternel, qui lui a fait découvrir les grands de la musique du Nordeste, dont Luiz Gonzaga, le roi du baião, et d’autres chanteurs de cette région d’où provient aussi le forro. Son père lui a plutôt fait vivre la musique, comprend-on. Pas en le traînant dans de grands spectacles, mais en lui apprenant des accords de guitare et en l’emmenant jouer chez des amis ou dans d’autres lieux où la musique se partage à échelle humaine. Son grand déclic ne date que du milieu de l’adolescence, quand il a vu des amis à lui faire leurs propres chansons. « Je me suis dit que je pouvais faire ça, moi aussi », résume-t-il. Ses vrais débuts professionnels datent de 2019, avec son groupe Kirá e a Ribanceira, avec lequel il a sorti un mini-album en 2021. Il a entrepris une carrière solo en 2023 avec Olho Açude, une collection de chansons plus intimistes.

Kirá e a Ribanceira, Baião do Cerrado
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Tisser des liens

Sa musique, Kirá en parle comme d’une frontière entre Fortaleza et Brasília, entre le nord et le centre de son pays. Il dit border, en anglais, mais on comprend qu’il parle davantage d’un point de rencontre, d’un pont, de liens. Il s’inspire de la tradition – forro, baião, entre autres –, qu’il mêle avec des styles plus actuels et des musiques latino-américaines comme la cumbia colombienne et le boléro cubain. « Mes racines sont ancrées dans la culture brésilienne, mais comme on dit chez nous, les racines grandissent, s’adaptent, donnent naissance à quelque chose de neuf, dit le musicien. Elles ne sont pas figées. » Sa dernière chanson, Bota Pra Rodar, lancée en avril, laisse toutefois paraître des envies rock. Une fausse piste, semble-t-il, puisque sa prochaine collection de chansons comptera davantage d’éléments « numériques ». Quatre titres doivent paraître d’ici la fin de l’année et un album complet en 2025.

Kirá, Bota Pra Rodar
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L’espoir comme carburant

Immense pays marqué par de profondes inégalités sociales et l’insécurité urbaine, le Brésil fait face à de grands défis. Est-il difficile d’avoir 25 ans dans ce pays et de croire en l’avenir ? « Ce n’est pas facile, mais on doit garder espoir, on ne peut faire autrement, dit-il. L’espoir est notre carburant. » Kirá aime son pays, ses gens, sa culture. Il a aussi de bons mots pour les gens qu’il a croisés sur sa route, ici, lors des spectacles donnés au Saguenay et à Tadoussac en juin. « Ç’a été super, ç’a été parfait, lance-t-il avec un sourire. Ç’a été une belle surprise. Comme si les gens du Québec nous avaient pris dans leurs bras. On se sentait bien. »

Kirá et ses musiciens seront au Balattou, ce mardi à 20 h 30. Le festival Nuits d’Afrique est présenté jusqu’au dimanche 21 juillet.

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