Si l’Orchestre symphonique de Québec et les Violons du Roy (et plus récemment l’Orchestre Métropolitain) sont des abonnés du Festival international de musique et de danse du Domaine Forget, ce n’est pas le cas d’I Musici, qui n’avait pas humé le grand air de Charlevoix depuis plusieurs années. Le concert de samedi soir, bien qu’inégal, a soulevé le modeste public qui s’était déplacé pour l’occasion.

Un demi-parterre pour un ensemble montréalais reconnu peut en effet être décevant, mais il faudra peut-être quelques années pour que l’orchestre ait ses fidèles dans la région, comme c’est le cas des autres que reçoit le Domaine depuis plus longue date.

Le chef d’I Musici, Jean-François Rivest, a bien exposé les tenants et aboutissants du concert : une première partie (Divertimento en ré majeur, K. 136, de Mozart, et Concerto pour piano et trompette n1 en do mineur, op. 35, de Chostakovitch) sous le signe d’une sémillante jeunesse, puis une seconde partie (Adagio et fugue en do mineur, K. 546, de l’un, et Symphonie de chambre en do mineur, op. 110a – le Quatuor à cordes n8 transcrit pour orchestre –, de l’autre) marquée par une maturité pessimiste.

Un programme qui s’inscrit, a-t-il en outre précisé, en continuité avec l’histoire de cet ensemble fondé par Yuli Turovsky, qui avait connu Chostakovitch. Le fils (le chef Maxime Chostakovitch) et le petit-fils (Dmitri junior, pianiste) de ce dernier ont de surcroît enregistré les deux œuvres précitées du compositeur russe avec I Musici pour Chandos dans les années 1980 !

Alors, en forme, I Musici ? Assez dans Chostakovitch, moins dans Mozart. Jouer avec peu de vibrato comme les musiciens montréalais l’ont fait dans les deux œuvres du second (maintenant la norme dans ce répertoire) rend l’intonation souvent plus difficile.

C’était même parfois assez pénible dans le Divertimento, sinon dirigé avec beaucoup d’esprit par Jean-François Rivest, avec de grandes lignes et quelques ornements renouvelant l’écoute de cette œuvre somme toute souvent entendue.

C’était moins patent dans l’Adagio et fugue, écrit, il est vrai, dans un tout autre style. Le chef choisit pour la première partie un tempo davantage « andantino » qu’« adagio », et un Allegro plutôt assis, ce qui lui permet néanmoins de bien faire ressortir chaque élément.

Les enjeux d’intonation étaient moins à l’ordre du jour dans Chostakovitch, en particulier dans le concerto, mettant en vedette le pianiste italien Benedetto Lupo, qui venait de terminer une semaine de cours de maître à l’académie du Domaine, et Stéphane Beaulac, trompettiste à l'Orchestre symphonique de Montréal.

Du premier, on retient la sonorité de velours, même dans les fortissimos, et du second, un contrôle parfait de l’émission tout au long.

La Symphonie de chambre a probablement été le sommet de la soirée, l’investissement de Jean-François Rivest n’ayant d’égal que celui de ses musiciens. Émouvant violon diaphane de Julie Triquet dans le premier mouvement.

Prochain grand rendez-vous au Domaine : le 12 juillet, 20 h, avec les pianistes Shai Wosner et Henry Kramer dans un programme Purcell, Schumann et Ravel.