Le flamboyant cow-boy Orville Peck a chanté au Festival international de jazz de Montréal vendredi soir, un an après avoir annulé sa venue pour des raisons de santé physique et mentale. L’année dernière à pareille date, il était au plus mal, a-t-il dit à l’immense foule rassemblée sur la place des Festivals. « Je suis maintenant en meilleure santé, a-t-il précisé, et plus heureux. »

Orville Peck a fait une entrée surprenante, au son de Non, je ne regrette rien d’Édith Piaf. Choix surprenant pour un gars qui fait de la musique country. Sauf que ce gars-là ne fait pas de la musique country comme les autres. Ses chansons se démarquent en effet par leur caractère cinématographique et son chant souvent ample, capable de passer du grave à l’aigu.

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Ce qu’on apprécie chez lui sur disque s’est cependant avéré un boulet sur scène. Peut-être qu’un festival extérieur n’était pas le meilleur écrin pour ses chansons en général sophistiquées. Peut-être que c’est la faute à la sonorisation étonnamment peu raffinée vendredi. Peut-être que nos attentes étaient trop élevées… Mais son concert ne fut pas le grand moment de musique escompté.

Orville Peck ne s’est pas ménagé, offrant une prestation qui avait parfois du panache. Il a mordu férocement dans Cowboys Are Frequently Secretly Fond of Each Other, morceau ironique à propos de l’amour entre cow-boys. Il a été impressionnant dans C’mon Baby, Cry, chanson particulièrement théâtrale, où son chant doit garder sa finesse dans les notes les plus hautes. Il a été touchant dans Hexie Mountains, où il évoque un épisode de dépression.

PHOTO MARIKA VACHON, LA PRESSE

Orville Peck sur la place des Festivals, vendredi soir

Or, il n’est jamais parvenu à installer une atmosphère qui se rapprochait un peu de l’univers si séduisant de ses disques. Dans les moins bons moments, sa voix manquait beaucoup de justesse et c’était souvent pire quand sa choriste s’en mêlait. Dommage, pour un artiste qu’on a précisément remarqué pour ses qualités vocales. Ce fut particulièrement décevant pendant Dead of Night, qui est pourtant l’une de ses chansons les plus puissantes. Elle fut de surcroît jouée de manière extrêmement poussive par son groupe…

Il faut accorder une chose à Orville Peck : le niveau de difficulté de ses chansons est plus élevé que celui de la moyenne des chanteurs pop, country ou rock. Il reste que vendredi, il sonnait souvent comme un chanteur à la voix fatiguée, forcé de pousser pour avoir le coffre nécessaire. Ou comme un chanteur qui ne s’entendait pas… Son groupe, étonnamment peu inspiré, ne l’a pas beaucoup aidé tout au long de ce concert trop souvent sans grâce.

Il s’est repris en fin de parcours avec Daytona Sand, énergique et juste, et surtout avec Let Me Drown. Ce fut le seul morceau où on a entendu Orville Peck avec tout le panache dont il est capable. Il était bien tard, car c’était l’avant-dernier morceau d’un concert malheureusement bien décevant…